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Magic Slim & The Teardrops : Blue Magic (Blind Pig / Dixiefrog)
par Fabien M.     

Magic Slim & The Teardrops : Blue Magic - Little Bob : Libero

La promotion de l’album de Magic Slim était axée sur cette sentence, de son producteur : «Quand j’ai commencé ces sessions d’enregistrement avec Magic Slim, je ne savais pas que j’allais recevoir l’enseignement de ma vie… Je n’avais jamais entendu quelqu’un d’autre chanter ou jouer du blues comme ça avant.» Cela me serait entré dans un œil pour sortir par l’autre, si le producteur en question ne s’appelait pas Popa Chubby, dont le How’d a white boy get the blues ? m’avait renversé.

Popa fait pousser du pur new-yorkais, aux sonorités très urbaines. Le blues de Magic Slim, né voilà 65 ans dans le Mississipi et "monté" à Chicago, est un concentré roots, façon alligator du delta. Mais la guitare reste, chez les deux, l’élément primordial.

Il serait toutefois injuste de faire l’éloge du second par la simple présence du premier aux manettes, même s’il colle son instrument sur quatre titres de Blue Magic. Durant trois quarts d’heure, Magic Slim taillade une leçon, avec une voix d’ours bien léchée et de longues parties instrumentales, où ferraille de la guitare électrique d’entre chien et loup. Derrière, les Teardrops font mieux qu’assurer, notamment une basse pas vraiment en sourdine.

Tout cela est chaud, rugueux, sonne comme un irrésistible appel solitaire. Musique et chant sont garantis de tradition, dans la très haute lignée de Muddy Waters et de John Lee Hooker. Magic Slim ne nous propose pas la révolution du blues mais en pousse l’expressivité à sa plus haute intensité.

C’est toujours l’histoire d’un type à qui il arrive des trucs pas drôle, comme tomber amoureux d’une "evil woman". Enfin bon, il ne lui reste qu’une solution : tailler la route. Chemin faisant, forcément, il tombe sur des embrouilles, ou une autre fille. Ou alors il s’arrête tout seul à la nuit tombante, de préférence au bord d’un fleuve, allume un feu, prend sa guitare et chante, pour les poissons-chats et les serpents, l’irréductible solitude intérieure. La vie, quoi. Avec ses espoirs qui s’envolent et tous ceux qui ne demandent qu’à s’embraser. "I got the blues man / I got it from my heart", chante Magic Slim sur le second titre de l’album, initulé… I’m a bluesman. Personne n’ira le contredire.

« Don’t be nobody’s slave »

En écoutant un tel album, on ne peut s’empêcher de penser à tout ce que le rock, le hard, ou encore le southern-rock, doivent au blues. En un mot : leur existence même. A noter enfin que le Cd comporte une plage vidéo, avec une version de Goin’ to Mississipi tournée dans un garage, sans doute avec la caméra de la MJC du coin. A ce détail près, Blue Magic, que je recommande à tout amateur de musique humaine à guitare, des fans de Rory Gallagher à ceux d’AC/DC période Bon Scott, devrait trouver sans trop de mal à squatter quelques lignes dans la prochaine édition de La discothèque idéale. Rendons hommage à Dixiefrog pour cette sortie -comme pour celles de Popa Chubby d’ailleurs.

C’est l’occasion de rappeler que Dixiefrog accueille également Little Bob. Aussi, même s’il est sorti voici plus d’un an, je ne résiste pas à l’envie de vous prescrire un piqûre de rappel de Libero, son dernier album. Poignant, inspiré et remarquablement exécuté, il ne fait qu’ajouter à tout le bien que l’on pense de notre rock-bluesman du Havre, pour qui Bruce Springsteen composa il y a un quart de siècle Seaside Bar Song.

Avec cet album, Little Bob, Roberto Piazza de son vrai nom, rend hommage à ses parents. Libero, c’est le prénom de son père et le titre du premier morceau. Il y rappelle la vie de cet immigré italien, anarchiste fuyant le fascisme, qui sua à l’usine pour la maigre croûte et le toit de sa famille : "Libero says to his son my name means that I’m free / Don’t be nobody’s slave my lil’ man stay free".

Esclave, Little Bob l’est pourtant, avoue-t-il dans la deuxième chanson, mais du rock’n’roll : "I’m unchained to this music / From basement to the roof of Paradise." La troisième raconte une expérience quasi mystique en concert. Et ainsi de suite. Pendant que la République piétine sa devise liberté-égalité-fraternité, que le music-business fait une loi du triptyque pognon-abrutissement-nullité, Little Bob continue de faire vivre son credo : sincérité-intégrité-générosité.

Au-delà des rapprochements musicaux, c’est dans cet état d’esprit que Magic Slim et Little Bob sont de la même espèce. Des types fidèles à eux-mêmes, habités par leur musique. Des résistants, en somme.

http://www.bluesweb.com/artistes/nmagicslim.htm
http://littlebob.free.fr
Article publié le 31.03.2003

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