Jneb : Idéaux et ébats
Ce n'est pas seulement un film (« Vidéo et débat »). Mais ce n'est pas qu'une musique (« Des hauts et des bas »). Puisque c'est aussi un roman (« Idéaux et ébats »). Bref, un drôle de projet multimédia, sous-titré « Une histoire de cul et de religion », qui peut se prendre par tous les bouts, quitte à prendre des détours et à vous faire revenir par une porte dérobée.
La musique - puisque c'est tout de même le sujet sur AmbFrance - illustre assez bien ce concept qui cherche avant tout à sortir des concepts. Composée par Jneb et un certain Marchmaninov (si ce n'est pas du pseudo, ça…), elle peut d'ailleurs tout à fait s'écouter indépendamment du film. Alternant l'instrumental et des titres chantées, la BO (???) tend vers un rock assez énervé mais lui aussi multiforme. On démarre ainsi par une sorte de heavy-progressif avant de plonger tête la première dans le rock chanté en espagnol (une partie du film étant situé en Espagne), à fort relents punk et ska (pas un hasard si on aperçoit à un moment une pochette d'album des Cadavres…). Certains autres passages ont un petit côté électro. L'ensemble colle bien aux images et on a même parfois l'impression que des scènes ont été rallongées le temps que la chanson se termine.
Pour autant, le film (plutôt un moyen métrage, puisqu'il ne dure que 50 minutes) n'a rien d'un clip, même s'il use souvent des mêmes techniques et de tous les moyens du bord disponible : animation, répétitions, partition de l'écran, photo, tripatouillages divers, superpositions, ping-pong entre les textes insérés et les images.
Sur le fond, le message est clair : baisez tant que vous voulez mais n'oubliez pas la capote. Jeux de mots à la tonne, anti-cléricalisme et images plus que suggestives (en fait, carrément explicatives) appuient le propos… qui paraît toutefois être plus un prétexte qu'autre chose à ce délire.
Ne vou
s attendez pas à des scènes classiques avec des acteurs face à face débitant leur dialogue. On ne les entend jamais car tous les textes apparaissent… en sous-titres, ainsi qu'une foultitude d'incrustations. De même, l'histoire (de cul) effectue des allers-retours permanents, utilise des symboles plus ou moins directs (félicitations à la jeune femme qui a osé faire joujou avec des serpents pour « imager » une scène de sexe) et recèle même quelques clins d'oeil. Dire qu'on ne se perd pas un peu dans ces entrelacs serait mentir. De même, certaines longueurs ou répétitions se font sentir (sans parler de ce générique de trois plombes). Et il s'agit bien d'une œuvre amateur. Mais le côté joyeusement foutraque et provocateur fait passer la pilule.
Je suis plus dubitatif sur le sens profond de l'ensemble. Au-delà de l'histoire d'un jouisseur-baiseur invétéré qui collect… oups ! non, je ne vous le dirai pas !... et du message sur le (s)port du préservatif, qu'est-ce que Jneb veut dire ? Je ne suis pas persuadé d'avoir tout capté. Finalement, en mélangeant tous les supports, « Idéaux et ébats » prend le risque de vous perdre en route et réclame donc une certaine volonté pour s'y retrouver, malgré tous les éléments qui vous alpaguent et l'humour qui permet de s'accrocher aux branches quand on a le sentiment que le concepteur vient de retirer l'échelle.
Déjà sélectionné lors de plusieurs festivals, en France et à l'étranger, « Idéaux et ébats » mérite cependant le coup d'œil et d'oreille. D'autant plus qu'il s'agit d'une œuvresous licence « creative commons » et dont la reproduction et la diffusion sont totalement libres et gratuite. A télécharger sur http://www.jneb.fr/
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