ARTEFACT, le chemin des extrêmes
Il est étrange et riche d'aller jusqu'aux régions extrêmes du monde, de parcourir, à n'importe quelle partie de sa vie, lisières et marches. Souvent, c'est là que se passent les choses. Souvent, c'est là qu'est la musique. N'en déplaise aux journalistes guindés du fade concours de l'Eurovision.
Je ne sais pas pourquoi je me suis approchée un jour des groupes de métal. Sans doute lassée par la - pas tout à fait chaude - soupe des variétés et rocks divers, succédanés d'énergie, ou l'arrogance dépourvue de sens des « œuvres à faire ». Sans doute consciente qu'en tout musicien sommeille toujours l'attrait des profondeurs du corps, des instincts bruts et du soi primitif. Oui, même pour moi les extrêmes des extrêmes réservent d'étonnantes découvertes, si je m'écarte des nostalgiques de l'épandage du sang d'animal ou des discours pro-nazi.
Le groupe Artefact en est ici à son second album, Magic Spellcraft, produit par Rupture Music. Son of Solstice, autoproduit en 2004, m'avait déjà surprise par des qualités complètement transversales : une imagination de composition sans cesse en éveil, le sens de la création rapide d'un univers, le jeu des couleurs, la maîtrise des rythmes, l'entente-symbiose entre les membres du groupe.
Ce nouvel opus poursuit avec encore plus d'acuité, trouve l'équilibre entre beauté pure d'invention mélodique et lourds riffs métalleux, mais allant plonger dans les racines du plus loin de l'humain qui ressent et se meut.
L' éponyme d'abord, avec une intro très attirante par son rythme et son dynamisme, mais surtout par l'affirmation de l'univers féérique, fantastique, sombre et bizarre qui sera celui de tout l'album. Batterie impeccable et puissante, voix très typique du black mais bien posée dans les abîmes.
« Neolithic era » explore des champs semi médiévaux - ah, les introductions d'Artefact ! - autour d'une guitare acoustique nerveuse et précise, dont les influences de jeu sont visiblement très très larges, puis des solos, de guitare électrique cette fois, impressionnants. « Altar of nocturnal forest », uniquement instrumental, assume avec détermination son côté elfique, sans aucunement détonner, tant on a compris que la féérie est liée intimement à toutes les inspirations ici, même les plus brutes.
« Mount Doom », « Hyperion », « Eerie anthem », « Higlandscape travel »… pour le cas où nous n'aurions pas capté toutes les influences culturelles, littéraires et vidéo artistiques… « Blizzard dwarf army » commence par un tableau celtique, deux sonneurs du groupe Carla Musa tissent leurs lignes de cornemuse. Puis les modules s'enchaînent très rapidement, mais avec une logique imparable, chaque élément s'imbriquant dans le précédent puis dans le suivant avec rigueur. Episode parlé très beau, percussions gaéliques, jeu de miroirs des guitares. C'est sans conteste l'un de mes morceaux préférés avec « Castle ».
Oscillation, contemplation, énergie, concentration, l'univers des neuf très beaux tableaux de Magic Spellcraft traverse toutes dimensions et tous âges avec une habileté et un investissement sans faille. Une superbe réussite pour ce jeune groupe.
Large et sombre route à eux.
Site officiel du groupe : http://www.artefact-metal.com
Si vous souhaitez réagir à cet article,
cliquez ici !