Parhelia : First Light (rock atmosphérique)
Parmi les sorties plus ou moins grosses des maisons de disques, dans cet océan parfois infesté de requins et où l'espérance de vie du petit poisson se réduit presque à néant malgré l'énergie de la passion, on voit surgir, de temps en temps, une drôle de bête, qui n'a pas besoin d'autocollant “Vu à la télé” pour vous convaincre que les susdits requins feraient tout aussi bien de s'installer dans un aquarium, vu qu'ils ont l'air d'avoir peur de faire des vagues. Parhelia serait considéré comme menu fretin par n'importe quel directeur marketing. D'un point de vue commercial, sans doute. Sur le plan musical, il en va tout autrement.
Ce groupe irlandais déboule dans le circuit avec l'étonnant First Light et sa superbe pochette, qui développe la même thématique, levé du jour, encore sous les étoiles, comme les espoirs d'un groupe qui sort des ténèbres de l'anonymat. Le quatuor pratique un rock très atmosphérique, balançant avec un équilibre surprenant et une grande maîtrise entre des passages quasi méditatifs et des accès plus physiques, que ne renieraient pas les fers de lance stoner-grunge.
Quelques samples, discrets, quelques arrangements ornent sans emphase cet espace sonore, d'apparence solide, mais qui laisse transparaître sa fragilité intérieure. Plutôt qu'une succession de titres, on a l'impression de se promener sur une longue plage (musicale…), de cavaler, de reprendre son souffle au fil des « A Second Changes Everything »… puis « Cloudbreak »… ou « Waves Turn »…
Greg Clarke (guitare), Diarmuid Shore (guitare, samples), Cathal Rodgers (basse) et Andy Clarke (batterie) disent aimer A Perfect Circle, Anathema, Faith No More ou encore Pearl Jam… Du rock sans concession, qui sait être dur, quoique toujours un peu décalé, donc. Pour ma part, j'ai parfois aussi pensé à Tindersticks dans les moments mélancoliques et certains développements instrumentaux, ainsi qu'aux oubliés I Mother Earth : imaginez l'album Dig sans le chant.
Sans le chant, oui, car je vous ai caché deux choses jusqu'ici, sinon, la plupart d'entre vous n'aurait pas poursuivi la lecture de cette chronique. Primo, il s'agit d'un disque entièrement instrumental. N'attendez pas de refrain à siffler sous la douche : il n'y en a pas. La musique se suffit à elle-même, pour peu qu'on ait envie de se laisser glisser et porter par le courant, parfois rejeté par le ressac quand les guitares se distordent, parfois calme et serein, flottant sur le dos de vagues paresseuses et limpides, la lune au fond des yeux, quand on ne perçoit plus les notes une à une, mais une atmosphère, un état d'apesanteur. Surtout que les musiciens ne vous laissent jamais vous noyer et toujours vous donnent un point d'accroche, ménagent des pauses, afin de ne pas vous perdre en chemin au cours de ce voyage.
Seconde cachotterie : First Light n'est pas un album, c'est une simple démo. Une démo enregistrée avec sérieux, dans un véritable studio, mais une démo quand même, un premier signe de vie envoyé, comme le cri d'un nouveau-né, à la face du monde et aux oreilles des labels. Vous ne trouverez pas Parhelia dans le commerce. En revanche, vous pouvez vous procurer leur disque via leur site. Toujours ça que les requins n'auront pas…
Site officiel : www.parheliaband.com
Extraits en écoute également sur www.myspace.com/parhelia
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