
Les Fatals Picards prennent la Bastille à la gorge déployée
Les Fatals Picards, groupe français de « rock indé-débile », selon son auto-définition, ont confirmé haut la main (et haut les cœurs) les espoirs générés par leur troisième album sorti en février, Picardia Independenza, lors d'un concert tout fou tout flammes à la Scène Bastille, à Paris, mardi 10 mai.
En première partie, Roultaboul et les Bonaboo, avec leur ragga-ska-rock rigolo, sautillant et sans prétention, décoincent la salle. Leur musique fait furieusement penser à Marcel et son Orchestre. Un peu trop même, car il y manque la diversité qui fait passer les Marcel du punk sauvage au funk ou au métal.
Renforcé d'un trombone et d'une trompette, doté d'un chanteur grimaçant et monté sur ressorts, Roultaboul fait d'abord face à un public interrogateur. Qui sont ces tarés qui ne sont même pas annoncés sur les tickets ? Ils se chargent de la réponse : un Commando sudiste qui « met des herbes un peu partout/Dans le tabac dans le ragoût ». Un clin d'œil à Bérurier Noir et à son Commando Pernod, et plus tard à Parabellum, avec la reprise du refrain du cultissime Cayenne (« Mort aux vaches/Mort aux condés/Vive les enfants d'Cayenne/A bas ceux d'la Sûreté »).
Quelques « Jump ! » lancés au public qui commence à s'exciter, un titre énergiqueà la gloire du poil (On descend tous du singe !, pas très fin, diront les culs serrés), un autre « à la russe », prétexte à un refrain qui ne veut rien dire mais chauffe la fosse : le public est juste à température pour accueillir Les Fatals Picards.
Et les Fatals conquièrent en quelques secondes une salle totalement acquise à la cause de leur remuant humour. Enfin, un Fatal tout seul pour commencer, le guitariste, qui entonne d'une voix de fausset Sketch of love, morceau d'opéra à la sauce Top 50 des années 80. Le reste du groupe débarque ainsi sous d'amicales huées. « Ce soir, on va vous faire du death-metal… Du death metal-acoustique ! » C'est parti pour une grosse heure et demie de délire.
La musique ? Du rock, parfois teinté de reggae (prétexte à balancer des « Zion » à tout bout de champ), de punk à la Wampas, voire de rap, mais toujours de parodie. Les textes ? Des jeux de mots incessants, des histoires absurdes qui fleurent bon le Monthy Python, des thèmes loufoques ou plus sérieux peinturlurés à l'auto-dérision (avec hommage à Pierre Desproges), comme des Wriggles virés keupon. L'ambiance ? Agitation et poilade. C'est d'ailleurs la première fois de ma vie que je pleure de rire pendant un concert !
De véritables sketches entrecoupent les morceaux. Les deux chanteurs (un rasé, un barbichu), parfaitement complémentaires, ne cessent de jouer avec les spectateurs. Chantent faux exprès -on pense encore à Didier Wampas. Mitraillent le bon goût. Caricaturent (Ah ! Cette histoire du type malheureux qui n'arrive pas à vivre dans le quartier d'Amélie Poulain où le bonheur est obligatoire). Parodient les génériques de séries télé (Raoul et Rositta, «justiciers de la justice/Jardiniers bagarreurs »). Torpillent les joueurs de djembé (« Il croit qu'il ramène l'Afrique avec lui/Il ne ramène que le bruit »). Piétinent les chanteurs engagés tout en rendant hommage à Brel (Les bourgeois : « Cette année encore il pleuvra à la fête de l'Huma/Ce sera la faute des bourgeois »). Canardent les chasseurs (« Chasse, pêche et biture/Nous on respecte la nature »).
Les slammers traversent la fosse, portés à bout de bras. De gentils pogos animent les premiers rangs. Des spectateurs interpellent le groupe depuis le fond de la salle. Les Fatals Picards donnent tout, heureux, décontractés, comme des gamins insatiables.
Au premier rappel, les chanteurs suggèrent à un spectateur qui vient d'être papa de prénommer sa fille Guy-George ou Emile-Louis, avant d'entonner Dors mon fils, puis Monter le pantalon (parodie de Zebda), l'excellent et fendard On a tous des préjugés, qui concasse les stéréotypes par l'exemple, et enfin Goldorak est mort.
Le second rappel fait chanter toute la salle sur une reprise carabinée de Partenaire particulier, puis enquille un medley d'autres tubes des années 80 façon rap. Le bien nommé On est des oufs conclue le concert, arrachant une dernière fois les pieds du sol et les rires de la gorge. Les Fatals Picards quittent la scène en susurrant que « parfois on écoute de la musique classique avec les petits lapins ». Des applaudissement prolongés, qui se poursuivent une fois les lumières et la sono d'ambiance rallumées, ne pourront les faire revenir, la faute sans doute à des contraintes d'horaire. Mais quelle soirée ! Les Fatals ne cessant de tourner, ce qui n'est pas étranger à leur succès, profitez-en : bonheur assuré.
www.fatalspicards.com
www.roultaboul.com
chronique Fatals Picards sur Annu:Art
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