S.O.T.E : Time to end
(Musea)
Et un concept album, un ! Le groupe hollandais S.O.T.E.
ne faillit pas à la grande tradition du rock progressif.
Ce disque, tout en ambiances et en contrastes, retrace le voyage
d’un esprit torturé dans les labyrinthes de la folie. Le
sous-titre de la galette traduit d’ailleurs cette ambition, ainsi
que l’acronyme qui sert de nom au combo: « A progressive rock
story by Songs of the exile ».
Ce voyage n’est donc pas à destination du soleil
des Bahamas. L’option choisie, durant cette heure fort riche et
souvent instrumentale, est plutôt celle de la spéléologie
mentale, pour laquelle les Bataves affichent incontestablement un
talent prometteur. Bah! Ils ont raison de creuser: ils trouvent
peut-être du pétrole en plus des idées, qu’ils
ont déjà.
Dès l’intro, la voix de Gerton Leijdekker adopte
des intonations pouvant rappeler Roger Waters (ex-mentor de Pink
Floyd). Intro qui suggère une douleur rentrée et qui
cherche à percer, à s’échapper, à s’exprimer,
jusqu’à ce que ce sentiment d’oppression soit rejeté
par un passage plus aérien à la guitare, un peu à
la façon de Dream Theater (heureusement, pour une fois, le
rapprochement avec D.T. n’est que passager et l’on a pas à
faire ici à un énième clone). L’ombre de Rush
plane aussi sur ces contrées.
Ciel bas et vent violent sous la caboche contre aspirations à
la libération, enfermement contre grands espaces: ces oppositions
sont très bien rendus tout le long du disque. Ainsi sur "Morning
session", le deuxième titre, qui débute sur
l’entrechoquement de tubes de métal et de bâtons de
bois accrochés à des branches d’arbres (enfin, c’est
ainsi que je l’imagine), trois notes de guitare et une flûte.
Bienvenue au pays du matin calme. Mais dès que la voix et
le clavier annoncent leur approche, l’inquiétude point avec
eux, puis la combinaison guitare/batterie vient encore renforcer
ce tourment. Bref, il y a là un très beau travail
orchestral et de composition.
Certains passages sont presque heavy ("Jack’s a friend")
mais l’ensemble reste mélodique avant tout. Bien que sa (dé)construction,
hors du format couplet/refrain, nécessite une attention soutenue.
S.O.T.E. réussit vraiment à créer un état
d’esprit particulier et prenant.
"The days fly past" s’ouvre sur une respiration
à la guitare sèche et sur de discrets arrangements
de voix et clavier. Le chant, presque parlé, est celui de
confidences douloureuses, avec un refrain tout en agitation retenue.
C’est, justement, par cette retenue que "Time to end"
pèche parfois. On attend qu’il se passe quelque chose, que
la tension se libère en un choc. Mais au moment où
l’on commence à se faire cette réflexion, à
mi-parcours, un cri aigu et un passage de pur heavy-prog’ fait le
ménage avec le renfort d’une batterie aux roulements secs.
On en revient cependant vite à ce style down-tempo que
S.O.T.E. affectionne, où la narration, caressée par
la guitare et électrisée par les cymbales, fait durer
les mots, comme s’il s’agissait de les laisser en suspend pour mieux
juger de leur sens et de leur véracité.
"Fire incarnate" voit débouler un gros
riff, quoique sur une base lente, qui évolue plus rock, tandis
que Leijdekker fournit un très beau boulot mélodique,
qui capte facilement l’attention. Il y a quelque chose de doom dans
l’état d’esprit de ce titre (en moins lourd, tout de même)
et, en même temps, ce morceau ferait presque figure de single…
jusqu’au traditionnel passage instrumental.
S.O.T.E. cherche jusqu’au bout les limites de l’équilibre,
tout en restant accessible, ce qui n’est pas une mince affaire pour
un concept-album de progressif. "A different sensation"
prouve la richesse d’inspiration du groupe dans ses échappées
instrumentales un brin cosmiques. On trouve même des claviers
qui évoquent certains penchants «spaciaux» du
Vangelis des années 70, sur le tout dernier morceau, le justement
nommé "Time to end".
Au final, cet album se révèle intelligent, fruit
d’un travail que l’on devine profond et réfléchi,
de la part de musiciens talentueux: le déjà cité
Gerton Lejdekker (voix et guitare), Peter H. Boer (basse) et Menno
de Vries (batterie, mais qui a quitté le groupe depuis cet
enregistrement et a été remplacé par Emile
Boellaard). Même si on aimerait parfois qu’ils s’énervent
vraiment, ou qu’ils pondent un titre carrément planant. Car
beaucoup de passages oeuvrent dans le même ton. Dommage, aussi,
que les paroles soient mal imprimées dans le livret, rendant
leur lecture extrêmement difficile. A ces deux reproches près,
S.O.T.E. est une formation qui a trouvé sa patte et qui mérite
votre attention.
Site officiel : www.sote.nl
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