Musique payante sur l’internet : chronique d’un caffouillage monumental(Deuxième partie)
« On nous empêche de mettre en ligne le
contenu de nos disques durs dès lors qu’il s’agit de copies
de musique ? Qu’à cela ne tienne ! » Brider l’usager
en l’obligeant à ôter de son site (la plupart du temps
un « site perso ») - voire à le fermer -
n’a pas été la plus judicieuse des attitudes de l’industrie
phonographique et des sociétés de droits d’auteurs
: peut-être que la mise en place, à ce moment-là,
d’un prélèvement forfaitaire pas trop onéreux,
spécialement conçu pour les sites persos et pouvant
être inclus dans les offres des FAI (en bref une taxe du même
type que celle sur les supports enregistrables) se serait avéré
plus efficace et aurait été vécu comme moins
« traumatisant » (et surtout comme moins « policier
») par les internautes. Ce ne fut pas le cas. Les usagers
se tournèrent donc vers le P2P, et un monstre du nom de Napster
vit le jour…
Napster : la bête à abattre
Le nom de ce logiciel donne encore des frissons dans le dos des
cadres de l’industrie phonographique et des sociétés
de perception des droits d’auteurs. Car Napster a rencontré
un succès fulgurant. Il était le premier d’un genre
nouveau, une interface qui permettait l’échange de fichiers
musicaux entre les internautes du monde entier : il était,
pour résumer, le premier logiciel (et le seul, pendant un
bon moment) permettant d’obtenir un titre directement chez soi,
sur son ordinateur, en quelques minutes ou en quelques heures, selon
la disponibilité du morceau concerné.
Il permettait surtout de mettre la main, par l’intermédiaire
d’un ou de plusieurs autres passionnés, sur LA version longue
(et live) de la reprise de « La Danse des Canards »
par le leader des Strings, sur LE générique télé
de sa série d’enfance préférée, ou plus
simplement sur L’UNIQUE titre d’un album de 18 chansons dont les
17 autres n’étaient d’aucun intérêt… La véritable
cause du succès de Napster est celle-là, et pas la
gratuité - même si cela joue aussi, il faut le reconnaître,
de pouvoir profiter de tout cela sans avoir à ouvrir le porte-monnaie.
C’était véritablement la notion de « musique
à la demande », que l’industrie phonographique aurait
dû mettre en place il y a déjà longtemps, pour
des consommateurs frustrés qui se sentaient de plus en plus
pris en otage par l’obligation d’acquérir des albums entiers
pour seulement quelques minutes souhaitées…
La seule erreur de Napster, celle qui lui a été
« fatale » (fatale entre guillemets, car Napster n’a
jamais vraiment fermé - il aurait été dommage
de tuer la poule aux œufs d’or) ? Elle est très simple :
Napster « était » un logiciel P2P dédié
à la musique en mp3… La RIAA (Recording Industry Association
of America), malgré des injonctions juridiques trop larges
qui ont ralenti les procédures et reporté les audiences,
a fini par avoir la peau de ce qui venait de révolutionner
le monde de la distribution musicale.
Une révolution en marche…
Révolutionner, oui, car Napster a fait des émules
(sans mauvais jeu de mots), qui ont su, eux, éviter l’écueil
qui avait coûté si cher à leur père déchu
: Gnutella, Kazaa, WinMX, eDonkey, eMule, iMesh et consorts ont
en effet tablé sur « l’échange de fichiers informatiques
», sans distinction d’extension ! Comment, dès lors,
faire fermer réseaux et serveurs et interdire la distribution
des logiciels clients, étant donné que la plupart
des constitutions contiennent des lois qui protègent la vie
privée d’une part, et d’autre part préservent la liberté
d’accès à l’information et d’échange des données
? Car faire fermer un Kazaa, par exemple, c’est ipso facto
interdire à tout un chacun d’échanger avec le monde
textes, images et musiques tout à fait libres de droits !
Empêcher Monsieur Lambda ou Madame Iota de proposer ses photos
de vacances en téléchargement depuis son disque dur,
c’est en effet violer les lois protégeant la vie privée
et les libertés individuelles…
L’industrie du disque n’avait pas une seconde envisagé
les choses sous cet angle là, et c’est bien là son
problème… Elle a voulu, à l’instar du cruel et cupide
capitaine Bligh, mater la mutinerie du « cyber-Bounty »,
mais a trouvé dans la résistance et la pugnacité
des internautes-consommateurs une opposition digne de celle de Christian
Fletcher.
Il se niche là, le cafouillage. Bel et bien. Car justement,
contrairement au monde du logiciel, qui a affaire à de véritables
pirates informatiques, des petits génies qui prennent comme
un défi de casser du code, de briser des sécurités
et de bidouiller des logiciels, le monde de l’industrie phonographique
fait face à… Monsieur et Madame Tout-le-Monde. Pas à
des rebelles notoires, ni à des hooligans, ni à des
anarchistes asociaux, donc. C’est donc qu’il y a quelque chose de
pourri (ici, au sens de « périmé », il
est bon de le préciser) au royaume du disque…
Attentes et désillusions…
À suivre…
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