Depeche Mode : Subjectivité ou fureur
J’aime leurs annonces solennelles qui se jouent du paradoxe
et d’notre immoralité. Pour les adeptes de la datation temporelle
: 1984, Orwell, « Master and Servant ». Quel bel hommage
au degré d’écoute de certains traînes-bitume
intellectuels qui n’ont pu s’empêcher d’accuser une chanson
qui n’était qu’un simple pamphlet. 1989, VIOLATOR et sa moiteur
: les mots, comme des sanglots, nous réchauffent. Il y a
de l’effet. Ce dernier est personnel, donc indescriptible ( un peu
de pudeur ). 2001, l’espace reprend son souffle, « some great
reward » avec EXCITER.
Empreints de noirceur, la banlieue
londonienne d’où ils viennent ne transparaît que par
le cuir de leurs peaux. Leurs titres d’albums sont des clichés
fantasques, le corps textuel tombe à la renverse et se révèle,
explose, tout autre ; au-delà du seuil terrestre, comme Morrisson,
ils songent à ce qui pourrait être. NON, Depeche Mode
n’est pas un son électronique pour dépressifs refoulés.
Et puis, il y a la voix de David Gahan qui nous ferait presque croire
au paradis.
Analyse, Exciter, défions ici les lois du
bon sens journalistique,
« Dream On » donne le ton et le début d’une
histoire. Celle d’un acte manqué, et du moyen de trouver
l’issue au malheur. L’épiderme est dévoré par
une gangrène qui nous poursuit. Cadavre des temps passés
et présents, « you can scratch all over, but that won’t
stop you itching. Can you feel a little love, dream on…”.
“Shine”,
c’est l’image de l’individu rampant devant une lumière artificielle,
il s’accroche aux cieux : « forget the pictures on your tv
screen » ! En quelle chaleur faut-il croire ? Comment atteindre
la quiétude et retrouver ses esprits ( taoisme) : perceptions
et perspectives se retrouvent en soi, avec l’autre comme seul écran.
« A body in heaven and a mind full of dirt, how i suffer the
sweetest condition », « The Sweetest condition »
ou l’enfer sur terre. L’âme emmurée, l’esprit est conditionné
par l’horreur médiatique : les maux naissent des limites
imposées à notre conscience éveillée.
Une apologie du songe, et leur musique rend compte de la nature
des choses.
« When the body speaks » met en place
un autre langage, tandis que « The dead of night » exprime
la rage détournée par la douceur. Les termes sont
précis, et pleins d’images : un portrait féroce de
la société dé-possédée.
Depeche
Mode manifeste ici le meilleur de lui-même : son génie
de la formule. Des titres se succèdent, jusqu’à l’amour
et son acte : le seul instant entre la vie et la mort, EXCITER.
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