Au-delà des Cieux, Gainsbourg il-y-a...
Comment parler d’un homme qui a su porter
à son apothéose la mélodie d’une vie débordante
de détournements perpétuels des sentiments ? Gainsbourg
ou Gainsbarre, Docteur Jekyll ou Mister Hyde, la « décadanse
» ou l’ « anamour », l’homme a tête de chou
possédait une double dimension. Aujourd’hui, l’univers musical
utilise son aura paradoxale à des fins commerciales ; il
inspire, et chacun aspire à être disciple d’un Rimbaud,
d’un Verlaine, d’un Stravinski.
On ne compte plus les hommages télévisuels
rendus à cet être de chair et de sang trop sensible
pour être compris par le plus commun des mortels. On nous
a montré les mêmes images, fait écouter les
mêmes chansons, faisant fi de certains écrins de poésie.
Serge Gainsbourg était un ensemble de symptômes, de
douleurs et d’histoires. Et c’est ainsi que se définit Gainsbarre
: l’impudique médiatique montre sa souffrance.
De ses années soixante, on retient ces quelques
portraits individuels réalistes : le poinçonneur,
le pianiste, le séducteur ou l’alcoolique. Gainsbourg naît
au monde avec toute une typologie humaine : il y a un peu de schizophrénie
chez cet artiste aux songes éveillés qui rêve
qu’il est lui-même un autre. Les années soixante-dix
lui font inventer des fictions amoureuses : Manon et Melody Nelson
ne sont pas de simples nymphettes, elles sont des créatures
à sublimer, des femmes de poète, « sensuelles
et sans suite », inspiratrices de maux. Gainsbourg aurait
pu faire partie de l’Oulipo ( Ouvroir de Littérature Potentiel
fréquenté par Raymond Queneau, Georges Perec…), parce
qu’il se joue des mots, soulignant les assonances, réinventant
l’orthographe. Exemple : la « décadanse ». Ses
textes peuvent être prétextes à l’analyse, mais
sans scalpel au risque de chuter dans le hors contexte. Sujet aux
affres de l’amour, ou de son contraire, les prénoms de ses
chansons ne sont jamais impersonnels. Il cite, il avoue, «
Elisa, saute-moi au cou ».
Intemporel, il perçoit les modes
musicales et leur donne une teinte magistrale. « Aux armes
et caetera » demeure un album de reggae inévitable.
Respectueux de l’Histoire et de ses anecdotes, sa Marseillaise nous
a fait retenir les paroles de Rouget de Lisle : Serge devient national.
Romancier, auteur - compositeur - interprète,
peintre, Gainsbourg était aussi metteur en scène,
metteur en œuvre de ses objets de dévotion : « Je t’aime…moi
non plus » offert à Jane Birkin, et « Charlotte
For Ever » pour sa fille. Décalés par rapport
à une réalité conflictuelle( la nôtre)
, ses films ne seront pas au box-office. Et pour cause, la pureté
des sentiments n’est pas de mise, elle ne fait pas vendre.
Aujourd’hui reconnu, hier malmené, que dirait-il à
la postérité ?
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