Zoot Woman : Zoot Woman
(Wall of Sound / Labels)
Les Zoot Woman ont une dégaine de gosses de riches
londoniens façon « kitch soigné ». D’accord,
ils participent à ce fameux revival eighties largement méprisé…
Grand bien leur en fasse ; car si les années 80 sont aujourd’hui
considérées comme l’époque maudite du mauvais
goût absolu que l’on préférerait morte et enterrée,
nos petits amis se plaisent à surfer sur l’ambiguïté
qui la caractérise, à ma plus grande satisfaction...
Sous ce nom mystérieux se cache un trio de Londres
emmené par les frères Blake et Stuart Price, qui pratique
un savant mélange bien calé entre rock, pop et électro
Si le trio semble sortir de nulle part, Stuart Blake, lui, n’en
est pas à sa première tentative. Il est alors plus
connu sous le nom de Jacques Lu Cont, aka Les Rythmes Digitales
(1998), projet résolument eighties funk qui fait alors parler
de lui avec l’album Darkdancer. En 1999 il crée Zoot Woman
avec les frères Blake et sort un premier album en 2000 (Living
in a magazine), avant de délaisser le groupe pour prendre
la basse sur la tournée de... Madonna. Qu’à cela ne
tienne, ses compagnons poursuivent la promotion de l’album à
travers l’Europe. Retour en 2003, le trio londonien, après
un succès confidentiel pour ce premier disque, nous revient
avec un album éponyme.
Zoot Woman, c’est une voix blanche, des mélodies faussement
naïves, une pop à l’ancienne très moderne et
dansante. Instruments traditionnels (basse, guitare, batterie) et
machines font bon ménage et donnent lieu à quelques
bonnes surprises comme en témoignent les incursions post-punk
très énergiques « Grey Day » et
« Useless Anyway », et une ballade qui sonne
comme un slow langoureux (« Snow White »).
Zoot Woman, c’est aussi et surtout une production toujours bien
chiadée et teintée de vrai-faux sons 80’s, un son
satiné et des compositions formatées tube, tel le
groove ternaire de « Taken it All », parfait
pour le dance-floor. Mais le trio sait toujours où se situe
la limite du bon goût, dans la forme comme dans le fond. Les
textes jouent sur le mode des sentiments, de l’amour (rien de très
branché là-dedans, ou peut être que si, justement...),
une légèreté qui confère aux paroles
la simple fonction d’habillage, pour la voix sublime d’Adam Blake
; car Zoot Woman est avant tout un groupe de musiciens / producteurs
et de véritables esthètes.
Et comme rien n’est laissé au hasard, ces jeunes dandys
aux visages glabres véhiculent une imagerie kitsch complètement
assumée parce que revendiquée, grâce à
un visuel harmonieux, sobre et chic, graphique mais pas tape-à-l’œil
(une pochette qui fait penser à une installation); bref,
une sérieux culte du branché ! Nouveaux héros
romantiques au look ringard et/ou avant-gardiste (tantôt costumes
blancs et chemises noires, tantôt bandeau de tennis ou cravates
bariolées), ils profitent du vieux au service du neuf ; Zoot
Woman, se forge une identité propre et unique sur les cendres
des années 80. Comme quoi, il y avait forcément à
boire et à manger. Décidément j’ai du mal à
leur trouver leurs faiblesses ; quoique...
Un petit bémol à mettre sur ce beau petit monde
qui laisse rêveur : la scène. On leur reprochera peut-être
une trop grande sobriété, pas de décor ni de
scénographie, mais sans doute est-ce la volonté de
vouloir être un vrai groupe de rock, vêtus d’un simple
costume ; l’omniprésence des programmations est pesante et
le manque d’expérience scénique leur fait parfois
défaut...
Pour conclure, je peux vous dire que cet album va vous réconcilier
avec l’âge d’or des synthétiseurs ! Mais ne vous méprenez
pas, Zoot Woman, c’est du premier degré.