ZAZIE
Le mot qui pourrait sans doute
le mieux caractériser cette longue brindille lutine au regard
roux intense, c’est légèreté ! Silhouette fine,
langue souple, voix fluette (mais non sans caractère…), la
belle aurait pu être l’une des égéries du roi
Serge (Gainsbourg), qui l’inspire et dont elle vénère
tant le sens des mots que celui du phrasé.
Née Isabelle de Truchis
de Varenne, elle opte pour ce petit surnom frais et plein de bonne
humeur - qui, avouons-le, lui sied à souhait et que l’on
scande plus aisément les soirs de concert qu’Isabelle de
Truchis de Stop ! - et signe en 1992, chez Mercury (un label Polygram),
son premier album Je, tu, ils. Cela, non sans avoir bûché,
mis des atouts dans sa besace et s’être grignotée un
trou de souris dans le show-bizz - dix ans de violons au Conservatoire,
des études de lettres étrangères appliquées
et de kinésithérapie, du mannequinat, des figurations,
des séances de chœur derrière les « grands-déjà
» et dans la pub…
Zazie signe alors tous ses textes
(tous sauf un « Toi le cow-boy, moi l’indien » et «
Pile ou face », dont elle assure néanmoins l’adaptation
française), se charge entièrement de trois compositions
et en co-signe trois autres (deux avec son complice Vincent-Marie
Bouvot, une avec George Acogny). Une compo’ seulement est tamponnée
« Obispo » - comme quoi (pardonnez aux légendes…),
la Mam’zelle n’a pas attendu après son bon ami pour prendre
des risques et remuer la pâte ! Du point de vue vocable, c’est
Etienne Roda-Gil qui lui « éclair[e] la route »
et l’incite à laisser chanter sans complexe, la magie et
l’espièglerie de sa jolie plume. Un premier succès
attend « Sucré, salé », un autre «
Je, tu, ils ». Et les affaires ne traînant pas avec
la mistinguette, l’année 93 voit déjà révélée
sa douce voix aux professionnels lors des Victoires de la Musique.
On la remarque parce que la démarquent
son esthétique sensible et sa finesse cérébrale
: un ton toujours juste ; des histoires qui font vraiment vraies
(son sujet de prédilection : l’amour ; comment on le recherche,
comment il s’envole, comment il nous délaisse, comment on
l’attend) ; des mélodies efficaces, qui bien qu’originales
et souvent étonnantes, vous séjournent dans la tête
; des refrains vifs qui sonnent tout seuls et vous donnent une furieuse
envie de chantonner ; une verve, qui indépendamment même
de toute signification, rebondit et brille de musicalité.
Voilà bien Zazie : une fraîcheur citron.
Un second album en 95, Zen, lui
donne l’opportunité de s’aventurer plus encore dans la composition
(cinq par elle toute seule et quatre co-signées avec V.-M.
Bouvot). - A noter au passage, le “méga-tube” que lui concocte
le Sieur Obispo avec « Zen », mais encore les succès
de « Larsen », « Un point c’est toi » et
« Homme sweet homme ».
Zazie affirme ici une voix affinée,
qu’elle ne cherche plus à “grossir dans sa bouche” ou qui
simplement se libère. L’émission devient plus liquide,
plus aquatique : elle semble laisser aller son timbre au charme
voilé de sa ténuité. La grande dame, au tatouage
savant, imprime désormais sa marque à la chanson française
(peut-être en mal de poésie) : elle lui impose son
souffle et un phrasé unique, une découpe originale
des lignes mélodiques (cette drôle de façon
qu’elle a de respirer à l’intérieur des phrases, si
ce n’est parfois entre les syllabes d’un même terme, et de
créer par d’habiles jeux de mots, d’images et de sens, des
ponts et des liens entre des propositions séparées).
On s’arrache ses textes, de Pascal Obispo à Florent Pagny,
de Patricia Kaas à Johnny Hallyday,… La voici brillamment
sacrée « auteuse » d’entre les auteurs.
Son inspiration toujours tarabustée
par les difficultés sentimentales qu’elle observe alentour,
et plus généralement par les problèmes relationnels,
par le défi d’aimer bien, Zazie continue de traiter ses thèmes
favoris avec l’élégance d’un second degré cultivé.
Son expressivité tendre et presque naïve n’en est que
plus touchante… Et c’est avec cette même souplesse, cette
délicatesse, ce doigté, qu’elle s’engage en 98 pour
son troisième album, Made in love, dans des sujets plus proprement
“sociétaires”.
« Tous des anges »,
« Cyber », « Made in love », « La
vie devant moi », « Sous le voile », « Stop
» ou encore « Tout le monde » participent de ce
même esprit sensible, à fleur de peau. Plus concernée
que revendicatrice, plus soucieuse que dénonciatrice, Zazie
met toujours en avant la profonde humanité des personnages
qu’elle dessine, des situations qu’elle présente. Pas de
facilité démago’ ou manichéenne : elle ne donne
pas de leçon ni ne nous rentre dans le lard à force
d’idées reçues, -mode ou -convention ; observant le
monde de ses yeux aigus, palpant les atmosphères, elle les
retranscrit simplement et dresse un tableau de notre société
sans complaisance ni artifice, fût-ce notre bonne-morale elle-même…
Un duo avec Alain Chamfort pour
« Sol en si » en 95 (« Dodo Rémi »),
les Restos du Cœur depuis 1997, Zazie appartient au monde du spectacle
pour le meilleur. Lequel ne la dénigre pas, puisque après
l’avoir nominée deux ans de suite comme interprète
de l’année, les Victoires finissent par la consacrer en 98,
récompensant à la fois son travail de compositeur
à part entière sur le dernier album.
Le métier l’aime, le public
l’aime (son Olympia 98 a débordé de fans et il nous
offre en prime un Made in live excellent !), et tous deux sûrement
pour les mêmes raisons : sa sincérité, sa chaleur
et son peps, sa malice de petit oiseau ‘incageable’. Impossible
de nier la qualité de son parcours musical, lequel peut-être
ne mollit pas justement qu’il est vrai, qu’il respire, jusqu’en
ses recoins, un même plaisir ludique. Zazie entreprend parce
que ça lui plaît, pour s’amuser ; elle va au-devant
du monde en toute simplicité, sans trucage - à la
recherche d’un contact véritable, simplement gentil ou complice.
Elle s’offre en jouant avec elle-même : en jouant avec les
mots, pour que le plus grave se donne légèrement ;
avec sa voix, pour ne plus rien chercher que de naturel ; avec son
apparence, sans tout miser sur ses atouts alors même que sa
taille-mannequin lui permettrait un look carrément vamp sauvage…
(et c’est là un point primordial lorsqu’on a remarqué
que pour bien des Divas de la pop, la taille des corsets et des
shorts raccourcissait d’autant que s’affaiblissait leur conviction
vocale et que se ‘médiocrisait’ le florilège de leurs
mélodies…).
Bilan : un bon boulot de fourmi,
puisqu’en huit ans de “carrière” Zazie prépare déjà
un quatrième album (sans compter son double live et de beaux
duos, tels que « Les meilleurs ennemis » avec Pascal
Obispo), qu’elle s’est taillée un nom d’auteur absolument
incontournable, que ses notes n’ont pas terminé de nous plaire
et de nous poursuivre, que « son filet de voix » nous
a pris le cœur pour des lunes et des lunes… Une histoire d’amour
à suivre, donc, avec cette petite fée qui flirte avec
le ciel et dont on ne serait pas étonné de voir s’envoler
des poussières de nuages dorées - juste entre ses
ailes.
Virginie.B
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