HUBERT VALOIS
Le Salon de la Musique permet de rencontrer
bon nombre de personnes. Certaines se contentent de faire acte de
présence, d'autres sont là pour proposer des instruments
originaux et intéressants. Lorsque l'on tombe sur une personne
appartenant à la seconde catégorie, on ne peut que
s'attarder sur son stand. C'est ce que j'ai fait en croisant Hubert
Valois, luthier de profession. C'est d'ailleurs en essayant ses
modèles que j'ai eu envie de l'interviewer.
Qu'est ce qui vous a donné envie d'être luthier
?
J'ai commencé la musique à six ans
en classe de trombone au conservatoire. J'y suis resté jusqu'à
l'âge de seize ans. J'ai commencé la guitare à
quatorze ans. J'ai arrêté le cycle scolaire "normal"
pour entrer en CAP de menuiserie avec un brevet professionnel en
ébénisterie se préparant en deux ans. J'ai
fait ce métier pendant 12 ans en entreprise. La suite logique
apparaît d'elle-même…
J'ai toujours joué, mais pendant quatre ans j'ai
consacré tout mon temps à la musique en étant
intermittent du spectacle : je donnais des cours et, en parallèle,
je faisait de la lutherie. Cette passion ne date pas d'hier. Ma
première guitare a vu le jour lorsque j'avais 16 ans. On
m'a ensuite confié des travaux de réparation d'instruments…
J'ai donc toujours pratiqué cet art, d'abord en dilettante
puis professionnellement.
N'est-il pas trop difficile d'être un luthier "moderne"
à l'heure actuelle?
Il est vrai que la lutherie contemporaine manque
d'une certaine reconnaissance. La lutherie classique possède
ses écoles et ses formateurs, contrairement au luthiers contemporains
qui sont des autodidactes souvent issus des métiers du bois.
Le pas décisif vers la lutherie de métier n'est pas
aisé à franchir, même si une réelle demande
est présente.
Ce qui est réellement difficile, c'est que l'on
travaille beaucoup de matières comme le métal, le
plastique, l'os ou la nacre. Ce sont autant de composants qui ne
sont pas directement liés au bois. Il faut donc se frotter
à tout cela ; on commet forcément des erreurs étant
donné que personne ne nous guide…
Parlons de vos créations : comment êtes-vous
arrivé à définir votre type d'instruments ?
Je pense que le fait que je pratique l'instrument
y est pour beaucoup. Je me suis d'ailleurs aperçu que on
voit assez souvent des luthiers qui ne jouent pas de l'instrument
qu'ils fabriquent. J'ai joué avant de commencer à
fabriquer. Et en tant que musicien, j'ai certaines exigences vis-à-vis
de la guitare ou de la basse que je n'aurais pas eues si je n'avais
jamais touché ces instruments. C'est cela qui va conditionner
en premier lieu mes choix.
La ligne de vos instruments est très épurée,
ce qui est peu courant chez les luthiers, qui proposent en général
des modèles assez "tape-à-l'œil". Est-ce
pour vous démarquer de vos confrères ?
Non. Chaque instrument reflète un peu la personnalité
du personnage qui l'a faite, sans prétention aucune. Quelqu'un
d'exubérant va faire des formes exubérantes. Pour
ma part, j'adore la sobriété, la simplicité
et l'efficacité. Il n'y a pas de fioritures. On me dit souvent
que mes instruments ont des lignes féminines, pures mais
tout de même raffinées.
Quel type d'instrument vous a-t-il demandé le plus
de travail ?
Sans hésitation les basses. Le travail
sur les guitares doit s'inscrire une optique bien précise
: tenter de reproduire le son de ce qui domine le marché.
A savoir les Fender Stratocaster et Telecaster, les Gibson SG et
Les Paul. Car les guitaristes cherchent un "son" avant
tout.
Côté basse, on trouve la Jazz Bass
et le Precision Bass de Fender, mais c'est tout. Il y a donc, à
mon avis, beaucoup à faire autour de ce "vide"
; j'ai énormément travaillé dans ce sens là,
en accord avec ce que moi j'attends de la basse.
Justement, qu'attendez-vous d'une basse ?
Un son, une polyvalence, pouvoir avoir une
palette sonore très importante pour répondre aux attentes
du plus grand nombre de bassistes, quelque soit leur style de musique,
afin qu'ils n'aient pas à acheter plusieurs basses pour obtenir
des sonorités très éloignées. Pour cela,
j'ai développé un concept autour de l'équalisation,
c'est-à-dire l'équilibre entre fréquences basses,
médiums et aiguës. Il faut également choisir
le bois avec lequel on va fabriquer l'instrument avec soin. C'est
primordial. Beaucoup de gens s'imaginent qu'une basse n'est qu'une
planche avec des micros et que ce sont ces derniers qui font le
son, ce qui est totalement faux. La corde vibre sur un support et
celui-ci donne le son à la corde qui est ensuite capté
par les micros et amplifié. Le bois procure un grain, un
caractère, une couleur, une chaleur…
Etant donné que, pour la basse, les fréquences
sont graves, que ce sont des grosses cordes qui vibrent très
lentement, il fallait trouver un bois assez dense pour que toutes
les cordes vibrent à la même puissance, avec beaucoup
de sustain ; le bois doit accepter les fréquences basses.
Si on utilise un bois trop léger, celui-ci va avoir tendance
à absorber les basses fréquences. Les cordes les plus
graves (en l'occurrence le Mi pour une basse 4 cordes et le Si pour
une basse 5 cordes) seront par conséquent moins présentes.
Je suis parti de cette volonté d'équilibre pour choisir
mes bois et pour concevoir l'électronique.
Comment avez-vous fait pour obtenir ce que vous désiriez
?
N'ayant pas de formation particulière
en la matière, j'ai du commencer par apprendre dans les livres.
J'ai essayé de comprendre comment fonctionnait un transistor,
une résistance, un potentiomètre,…. J'ai ainsi conçu
mon pré-ampli. Mais il m'a quand même fallu sept ans
pour arriver au résultat final.
J'utilise un concept simple au niveau fonctionnement
mais compliqué dans la compréhension. La plupart des
basses pré-amplifiées proposent d'ajouter des basses,
des médiums et des aigus selon nos désirs. Mais pour
cela, il faut créer des fréquences qui n'existent
pas. On obtient un son aseptisé, synthétique, ce qui
va à l'encontre de ma conception de l'instrument et du son
qu'il doit rendre. C'est pour cela que mon pré-ampli possède
trois potentiomètres par annulation, c'est-à-dire
que l'on enlève les fréquences que l'on ne désire
pas. Les trois boutons poussés à fond correspondent
au son de la basse tel quel. J'ai du énormément travailler
pour que tout cela fonctionne. D'une part parce que je n'avais pas
de connaissances à la base sur le sujet, et d'autre part
parce que le concept reste très difficile à réaliser.
Parlons des micros. J'ai remarqué que les boutons de
sélection possédaient des positions prédéfinies…
La plupart des basses possèdent deux
micros assurer une certaine polyvalence. Ce qui autorise trois positions
: le micro grave seul, le micro aigu seul et un mélange des
deux. D'habitude, le potentiomètre est libre, comme sur une
chaîne hi-fi. Le problème, dans ce cas là, c'est
qu'en position centrale, on ne capte pas toute la puissance des
micros. A cela s'ajoute le fait que l'on ne peut se repérer
; le résultat est donc approximatif.
Pour palier ce problème, j'ai mis en place
un système tout simple : un sélecteur 5 positions.
Les positions intermédiaires (respectivement 2 et 4) permettent
de garder toute la puissance d'un des micros en ajoutant une partie
de la puissance de l'autre. De plus, le fait de n'avoir que cinq
choix rend plus simple l'utilisation de l'instrument, tout en procurant
un meilleur rendu.
Dernière question : quand un musicien vient chez vous,
dans quelle mesure peut-il influer sur la composition de l'instrument
?
Je suis très ouvert sur ce point. Mais
avant toute chose, il faut être très attentif aux désirs
réels de la personne, savoir exactement ce qu'elle veut.
Et cela à tous les niveaux : le bois, les micros,… Il faut
surtout la prévenir des conséquences de ses choix
et de ses envies. Tel type de bois engendrera tel son. Il en est
de même pour les micros. Mais la tâche est ardue. Il
est en effet très difficile de décrire un son… Il
faut donc être très à l'écoute et énormément
communiquer.
Le problème ne se pose pas pour mes basses. J'arrive
en général à imposer mes modèles. En
ce qui concerne les guitares, on reste dans l'optique d'une forte
inspiration des modèles qui dominent le marché, en
l'occurrence la Stratocaster de Fender. Car il faut préciser
que tenter d'imposer une guitare possédant un son très
éloigné des modèles Gibson et Fender est quasi
impossible.
Merci Hubert Valois de m'avoir consacré ces quelques
minutes…
Le plaisir était pour moi.
Coordonnées :
Hubert Valois
53, rue des St Fiacre
27930 Brosville
Tel / Fax : 02.32.34.37.61
Mobile : 06.80.62.54.37
e-mail : hvalois@aol.com
Site : http://www.multimania.com/hubertvalois
Damien P.