London Underground : Through a glass darkly
(Musea)
Idiot que nous sommes! Quand on parle de machine à
voyager dans le temps, on s’imagine toujours que c’est nous qui
pourrions voyager vers le passé afin de dénouer tel
complot international, de sauver une nymphette des griffes d’un
tyran barbare ou de savoir, enfin, si les Sex Pistols étaient
les clones des Beatles que la reine d’Angleterre tenta de réaliser
lorsqu’elle confondit son attirail de Mako moulage et la boîte
du petit chimiste offerte par Raymond Barre pour ses 258 ans.
Pas du tout. Car un quarteron d’Italiens avait, semble-t-il,
conçu ladite machine le début des années 70,
afin d’expédier au troisième millénaire un
disque qui nous ferait faire le voyage inverse à l’aide des
deux tympans et d’une chaîne stéréo. Le plus
fort, dans cette affaire (et c’est dire si le stratagème
a été scientifiquement pensé), c’est que la
galette en question se présente sous forme de CD et bénéficie
même d’une production qui, si elle trahit quelque peu ses
origines, peut fort bien passer pour tout à fait actuelle.
London Underground, déjà auteur d’un premier album
en 2000, tente donc de nous faire croire avec «Through a glass
darkly» que les Beatles, Atomic Roosters et autres
early-Pink Floyd, Doors ou Deep Purple remuent
toujours (l’actualité récente tendant d’ailleurs à
prouver que c’est véritablement le cas pour les deux derniers
cités).
Si ce disque se range sans problème au rayon progressif,
il réalise surtout une synthèse de pop-rock comme
on la façonnait il y a quatre décennies et d’instrumentations
guitare-claviers (comprenez: mellotron, Hammond et Wurlitzer) typiques
des belles heures de Purple ou d’Uriah Heep. C’est dire si
tout cela ne nous rajeunit pas. Sans parler des deux reprises («Travelling
Lady», de Manfred Mann et «Can’t find a reason»
d’Atomic Roosters) qui flèchent le parcours pour l’impétrant.
L’exploit, c’est que ça s’écoute sans avoir le
sentiment d’une musique rétrograde. Les influences sont claires
et nettes et, pourtant, London Underground réussit un cocktail
vraiment attachant, où la recherche mélodique du couplet
léger s’accommode parfaitement de passages à l’énergie.
Du progressif oui, mais à des kilomètres de la tendance
heavy-va-te-faire-enclumer, des expérimentations deux-aspirines-SVP-merci
ou de la technicité-t’as-vu-mes-beaux-solos. Au risque de
se faire traiter de tous les noms, voici du progressif accessible
et, tout simplement, entraînant… pour qui préfère
le flacon de la cave au beaujolais nouveau.
Un saxo par ci, une outro ethnico-tribale par là ajoutent
de la couleur à une palette qui privilégie les demi-teintes
au m’as-tu-vu pompeux. A la frontière entre pop-rock et prog’,
London Underground demeure sur le territoire de ce dernier mais
s’attache avant tout à la création de véritables
chansons. Même si le format musical ne risque pas de leur
ouvrir les ondes de Oui FM ou du Mouv’!
London Underground nous offre ainsi une bonne surprise, qui ne
fera pas un pli chez les amateurs du genre et serait même
de nature à entrouvrir les portes du prog’ aux nostalgiques
de bel ouvrage, qui restent attachés à une certaine
délicatesse telle que les 60’s pouvaient la concevoir.
www.musearecords.com
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