Ultime Atome : Dark visions (Musea)
Le cas d’Ultime Atome pose un véritable problème.
Formé il y a dix ans, le groupe parisien offre son deuxième
album, après "Soleil levant". Or, "Dark visions"
est, parfois musicalement, mais toujours vocalement, une copie carbone
de Marillion à ses débuts.
Le chant de Jean-Marc Tesorio constitue une imitation
quasi parfaite de celui de Fish, dans sa théâtralité
et jusqu’à son petit côté nasal! On ne parle
même plus là d’hommage, ou d’influence assumée,
mais de mimétisme. Gênant. On pourrait, après
tout, mettre cela sur le dos du hasard si la musique, elle, ne lorgnait
avec concupiscence sur "Fugazi" (ou "Script for a
jester’s tear") de… Marillion!
Alors, quand la bio qui se trouve sur le site du groupe affirme
que «Ultime Atome évolue maintenant dans un rock
progressif très actuel teinté d’un soupçon
de gothique», je reste dubitatif. Surtout que le «soupçon
de gothique» est surtout dû aux claviers d’Isabelle
Descamps.
Toutefois, les compositions d’Ultime Atome, qui grimpent le progressif
par sa face rock (comme un certain groupe à une certaine
époque, donc) ne sont pas désagréables, loin
de là. Les 14 minutes de "Meine Liebe" ouvrent
ces "Dark visions" de façon plutôt accrocheuse.
Le guitariste Walter Ginanneschi maîtrise son affaire, avec
de bons et longs solos qui ne tombent pas dans le démonstratif.
En revanche, le son de la batterie manque totalement de relief,
à croire que Patrick Delmas a effectué ses prises
dans le ventre d’une baleine.
La suite, "Battlefield" (22 minutes) et "Eternal
warrior" (près de 9’), laissent un peu retomber la tension
(et l’attention), faute de diversité… et d’une production
à la hauteur. Le rendu sonore manque d’ampleur et tend à
écraser l’ensemble, au lieu de créer une unité
qui fasse ressortir la personnalité et la force de chaque
instrument. Dommage pour l’auditeur, mais on ne jettera pas la pierre
au groupe, qui n’a sans doute pas bénéficié
de trois mois de studio et d’une suite royale au Hilton du coin
pour se retaper entre les prises.
Ultime Atome se montre sous son meilleur jour dans ses passages
les plus incisifs, notamment grâce à son six-cordistes,
comme le prouve le dernier morceau, "Dreamland". Les moments
planants, ou versées dans la construction d’atmosphères
sombres, souffrent encore, eux, d’un relief insuffisant.
Bref, Ultime Atome ne risque pas de révolutionner la
scène progressive. Mais pourrait quand même trouver
une oreille compatissante auprès des fans de Marillion qui
n’ont jamais pu admettre le départ de Fish et son remplacement
par Steve Hoggart.
Site officiel : www.ultime-atome.com