U2 : à la recherche de la flamme perdue
?
Leur précédent album avait
le goût décevant de la volonté de rattraper
la mode ; leur petit dernier recèle quant à lui la
saveur amère d’une désillusion inconsciente, d’une
veine qui se tarit. À l’audition de ces titres tout frais
tout chauds, l’angoisse vous saisit : les U2 auraient-ils définitivement
perdu leur son, cet orage qui grondait même dans leurs compositions
les plus calmes ?
Sur le plan de la technique, la qualité est
toujours présente, peut-être trop d’ailleurs… On préférait
les choses moins propres de leurs débuts, les embardées
sonores et les ‘coups de gueule’ musicaux desquels transpirait une
véritable rage créatrice, ces petites intentions qui
nous donnaient envie de sauter dans tous les sens et de hurler les
refrains à s’en arracher les poumons. Elle est à craindre,
l’ambiance des futurs concerts dont la foule ne vibrera peut-être
plus aussi fort…
Non pas que l’album soit à jeter à
la poubelle, loin de là ! Les chansons sont bonnes, le rock
est de la partie aussi ; c’est plutôt l’âme qui ferait
défaut. L’âge en serait-il la cause ? Il n’y a pas
de raison de le croire. U2 a sans doute encore pas mal de choses
à dire : le tout est de trouver - ou de retrouver ? - le
ton juste.
Bono chante , The Edge joue. Les titres s’écoutent.
Oui, ça s’écoute, sans plus malheureusement. On ne
les vit plus, les mélodies, les rythmes, on ne les sent plus
au ventre … Quelle déception tout de même ! C’est peut-être
l’époque qui veut ça, on s’enflamme moins vite.
U2 nous avait habitué à un rock accessible,
certes, mais dont on pouvait dire illico ‘j’aime’ ou ‘je n’aime
pas’. Le problème avec cet album, c’est que l’amateur est
déçu sans vraiment pouvoir dire que ce n’est pas bon,
et que l’ordinairement ‘non-fan’ se laisse gentiment fédérer
par un Beautiful Day ‘radiogénique’ à souhait… Cette
impression de tiédeur générale, cette agonie
lente de l’âme d’un groupe culte, ça fait mal au cœur.
Quand quelques semaines avant la sortie de l’album,
le groupe annonçait sur son site officiel (www.u2.com, ndla)
avoir réalisé le « meilleur album rock jamais
composé », on se demandait s’il ne cherchait pas à
se rassurer lui-même… C’est la chronique d’une mort annoncée
diront certains : attendons la suite, peut-être la bande à
Bono va-t-elle trouver des forces souterraines et se réveiller
à temps ? C’est ce qu’on lui souhaite en tous cas : c’est
triste un feu qui meurt…
Jean-Marc . F