Trilok Gurtu - Remembrance
Certains artistes suivent un parcours quelque peu atypique.
Batteur de son état, l’indien Trilok Gurtu est avant tout
un joueur de tablas. Musicien marqué par sa culture, il décide
néanmoins de s’intéresser au reste du monde, et notamment
aux mélanges effectués par des instrumentistes issus
de traditions différentes.
C’est en suivant cette logique qu’il va se tourner vers le jazz-rock.
Cependant, un problème de taille subsiste : les tablas donnent
une nouvelle couleur à ce style mais ne sauraient remplacer
une batterie traditionnelle. Qu’à cela ne tienne ! M. Gurtu
insère divers éléments dans son ‘set’ provenant
d’une batterie occidentale : caisse claire, cymbales,…
Refusant de jouer assis, il ne fut pas admis à la prestigieuse
Berklee School Of Music. Ce coup dur se révéla être
bénéfique puisqu’il lui permit de développer
son style si particulier : jeu en tailleur (à l’indienne),
mélange de diverses sonorités… C’est désormais
un grand nom du jazz rock.
Profitant de son étiquette de musicien multiculturel,
Trilok Gurtu décide de prendre tout le monde à contre-pied
en effectuant un retour aux sources, c’est-à-dire en Inde.
«Remembrance » n’est pas un album du souvenir mais véritablement
un album personnel et intime, une réunion de famille en quelque
sorte. Des musiciens de marque sont d’ailleurs annoncés :
Zakir Hussain, très grand joueur de tablas, Shobha Gurtu,
chanteuse et mère de Trilok, Shankar Mahadevan, considéré
comme le chanteur numéro un en Inde, et Ronu Majumdar flûtiste
réputé dans son pays.
Tout cela laisse donc augurer le meilleur. Si le premier titre,
brillant par son manque d’originalité et par la médiocrité
des sons utilisés, est à oublier, le reste tient relativement
bien ses promesses. On s’aperçoit vite que les morceaux les
plus intéressants sont les moins ambitieux et les plus authentiques.
Bien que Trilok maîtrise la fusion entre musique indienne
et jazz-rock, il reste très décevant lorsqu’il tente
de marier sa musique avec des sonorités nouvelles. On aurait
préféré qu’il laisse cet accès de jeunisme
pour un autre et qu’il se concentre plus sur ce qu’il sait faire
de mieux. On pourra retenir en exemple l’époustouflant «Street
Song », véritable démonstration des jeux de
Trilok et de Zakir Hussain.
«Remembrance » s’avère être un
bon album lorsque l’on ne prête pas attention à certaines
sonorités totalement ringardes qui viennent ternir le tout.
Réussite en demi-teinte pour un batteur qui n’a nul besoin
de jouer au jeune pour subjuguer son monde.
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