Toto : Through the looking glass
(Capitol)
Le 15 Octobre 2002 sort le nouvel album de Toto, « Through
the looking glass ».
Au risque d’en décevoir certains, qui s’attendaient à
une série de tubes « totesques », il s’agit là
d’un album de reprises. Mais avant d’en dire plus, il me semble
nécessaire de revenir sur la carrière légendaire,
mais ô combien chaotique, du groupe Toto.
En 1976, Jeff Porcaro (batterie) et David Paich (claviers), deux
musiciens de studio reconnus qui ont déjà joués
ensemble dans plusieurs groupes universitaires, décident
de monter un nouveau groupe. Pour cela, ils font appel au guitariste
Steve Lukather, à Steve Porcaro (claviers), le jeune frère
de Jeff, au chanteur Bobby Kimball, et au bassiste David Hungate.
La légende veut que ce soit Jeff qui trouve le nom du groupe,
Toto, après avoir vu « Le magicien d’Oz ».
En Septembre 1977 sort leur premier album, contenant les tubes
"Hold the line" (leur premier single), "I'll Supply
The Love" et "Georgy Porgy". Ils sont meme nominees
aux Grammy dans la catégorie "Meilleur Nouvel Artiste".
Pas mal pour un début, non ?
S’en suit une série impressionnante d’albums. En 1979,
le groupe sort son deuxième album, « Hydra »,
contenant le méga tube « 99 » (inspiré
par le film de George Lucas : THX- 1138)
En 1981 sort l’album « Turn Back ». Mais bizarrement
aucun single… C’est déjà la fin du groupe ? Non, car
l’année 1982 va inscrire définitivement Toto au Panthéon
du Rock. C’est en effet cette année-là que sort l’album
« Toto IV », qui contient les chansons « Africa
» et « Rosanna ». Ai-je besoin d’en dire plus
? A partir de ce moment, la renommée de Toto parcourt le
monde, mais c’est aussi à partir de ce moment que les musiciens
commencent à changer. Avant la tournée « Toto
IV », David Hungate, le bassiste, quitte le groupe. Il est
remplacé par Mike Porcaro (le frère des deux autres…)
Durant l’année 1983, Toto accumule les victoires aux Grammy
Awards. Pas moins de 6 Grammies : Album de l’année, Single
de l’année (pour « Rosanna »), Producteur de
l’année, Meilleur Arrangement Instrumental, Meilleur Arrangement
Vocal, Meilleur Enregistrement de l’année.
Après la tournée, Bobby Kimball est remplacé
par Fergie Frederiksen au chant. En ce début d’année
1984 sort l’album « Isolation », qui contient les singles
"Stranger In Town" et
"Holyanna". Durant l’été, Toto enregistre
même un morceau instrumental, "Moodido", destiné
aux Jeux Olympiques ; et compose la musique du film « Dune
», de David Lynch.
En 1985, à l’initiative de Michaël Jackson et Lionel
Ritchie, Toto participe à l’album « USA for Africa
». En 1986, le groupe sort l’album « Fahrenheit »
avec un nouveau chanteur : Joseph Williams (le fils de John Williams).
Pourtant le single issu de cet album, « I’ll be over you »,
est chanté par Steve Lukather. Parallèlement au groupe,
Steve va accompagner Jeff Beck et Santana au Japon. C’est là
qu’il rencontre Simon Phillips pour la première fois (NDR
: C’est important pour la suite…).
En 1987, après leur tournée mondiale, Steve Porcaro
quitte Toto, mais continue à travailler sur le prochain album
du groupe : « The Seventh One ». Dans cet album, Toto
est revenu au son qui a fait la gloire de « Toto IV ».
Résultat ? C’est encore le carton, avec les singles "Pamela"
et "Stop Loving You". Et hop, c’est reparti pour une tournée
mondiale, après laquelle Joseph Williams quitte le groupe.
En 1989, Steve sort son premier album solo, « Lukather
». Il tourne au Japon avec Jeff Beck, et monte un groupe avec
Jeff, Los Lobotomys, composés uniquement des meilleurs musiciens
de studios américains. Ce groupe sort d’ailleurs un album
live qui fracasse.
Avant de continuer, une petite pause. Soufflez un peu et prenez
un soda…Pour ceux qui ont suivi, vous avez pu remarquer que le groupe
Toto a toujours eu des problèmes de musiciens, et plus particulièrement
de chanteur. Attendez, ce n’est pas terminé !
En 1990, le groupe sort un best-of, « Past to Present »,
ainsi que le single "Out of love". Dans le même
temps, le groupe parvient à faire revenir le chanteur d’origine
de Toto : Bobby Kimball. Ils projettent d’enregistrer de nouveaux
titres avec lui, de sortir un album, de faire une tournée…
Bref, la totale ! Mais la maison de disques les force à engager
Jean-Michel Byron pour l’album et la tournée. Après
la tournée, l’avis est unanime. La maison de disques, le
groupe et les fans le disent en choeurs : Jean-Michel n’est pas
à sa place pour représenter le groupe Toto. Goodbye...
Après le départ de Byron, en 1991, Steve Lukather
assume enfin le rôle de chanteur. Toto commence à écrire
des chansons pour leur prochain album, et se produisent dans des
festivals européens, y compris dans le cadre du prestigieux
Festival de Montreux.
Le 5 Août 1992, peu de temps après la sortie de
l’album « Kingdom of Desire », Jeff Porcaro meurt d’une
réaction allergique à l’insecticide qu’il rependait
dans son jardin.
Le groupe a une très lourde décision à prendre.
L’album vient juste de sortir (NDR : Le dessin de la pochette
est d’ailleurs l’œuvre de Jeff), et la tournée est déjà
sold-out. Toto décide donc de repartir en tournée,
et c’est à Simon Phillips qu’incombe la lourde responsabilité
d’assurer les parties batterie. Imaginez donc le poids qui pèse
sur ses épaules ! Durant cette tournée, l’ambiance
est lourde ; à tel point que l’on, se demande si ce n’est
pas la dernière tournée du groupe. Suite à
cette tournée mondiale, Simon Phillips devient titulaire
du groupe et Toto sort l’album live de la tournée, «
Absolutely Live » en 1993.
En 1995, Toto enregistre son premier album studio avec Simon
à la batterie : « Tambu ». Le premier single,
"I will remember" se vend très bien, et est certifié
or dans plusieurs pays européens. Toto décide de partir
en tournée, mais Simon Phillips est contraint de déclarer
forfait pour des problèmes de dos. Il est donc remplacé,
provisoirement, par Gregg Bissonette. Simon revient au début
de l’année 1996 pour assurer la seconde partie de la tournée.
Après cette tournée, Toto décide de faire
un break pour permettre aux musiciens qui le souhaitent de sortir
leur album solo. Fin 1997, David Paich et Steve Lukather commence
à rechercher dans leurs vieilles bandes, des bases de chansons
pour l’album « Toto XX », célébrant leurs
vingt ans de carrière. En Mai 1998, l’album sort enfin. Pour
fêter l’événement, Toto invite les anciens membres
du groupe dans des showcases. C’est ainsi que nous voyons revenir
Bobby Kimball, Joseph Williams et Steve Porcaro, mais uniquement
pour des concerts ponctuels, lors desquels ils s’amusent à
rejouer les anciens morceaux ("Hold the line" …) avec
les chanteurs originels.
Comme Toto a pris beaucoup de plaisir à exhumer ces vieux
morceaux, ils proposent à Bobby Kimball de travailler avec
eux sur leur prochain album, et même, à les accompagner
en tournée. En Mars 1999 le groupe sort l’album « Mindfields
» et part immédiatement en tournée. A l’issue
de cette tournée, en Octobre, sortira l’album live judicieusement
intitulé « Livefields ». En Novembre 2001, Toto
commence l’enregistrement d’un nouvel album dans les studios de
Simon Phillips…
« Through The Looking Glass » sort le 14 Octobre
2002. L’originalité de cet album réside dans le fait
qu’il est uniquement compose de reprises. Et oui ! Il ne faut pas
oublier que le groupe Toto est composé de musiciens de studio,
habitués à jouer sur les chansons des autres, donc…
Juste retour des choses. Ils ont décidé d’enregistrer
un disque de chansons empruntées à leurs artistes
favoris et amis.
« « Through the looking glass » nous a permis
de remettre en perspective ces artistes qui nous ont influencés,
d’une manière ou d’une autre, tout en rendant hommage à
leur musique », précise Steve Lukather. «
Ce disque représente le cercle que nous avons inscrit ensemble
durant toutes ces années, et je suis extrêmement heureux
de fêter ça avec un tel groupe ! », dit en
riant Bobby Kimball.
Ce nouvel album s’ouvre sur un titre de Bob Marley, "Could
you be loved", qui sera le premier single extrait de cet opus.
Le son est moderne, dynamique sans jamais être agressif. L’arrangement
de ce standard de reggae en scotchera plus d’un sur son siège
! Je déteste le reggae, mais j’ai beaucoup apprécié
cette version…
S’en suivent une série de chansons plus ou moins connues.
Comme d’habitude, les « lead vocals » sont partagés
entre Bobby, Steve et David. La reprise de Walter Becker et Donald
Fagen, " Bodhisattva" rappelle étrangement la musique
du flic de Beverly Hill. Après ce standard des années
80, nous arrivons à la première perle de cet album.
La reprise d’une des plus belles chansons du regretté George
Harrison : "While my guitar gently weeps". Moi aussi,
je suis au bord des larmes. Cette chanson était parue, à
l’origine, sur le White Album des Beatles, en 1968, avec dans le
rôle du guitariste solo, Eric Clapton. Que dire ? La programmation
des claviers est assez remarquable, et surtout, c’est une chanson
que personne n’avait jamais osé reprendre. Vite ! Il faut
que Capitol la sorte en single. Très bel hommage…
Puis arrive "I can’t get next to you", une des chansons
que je ne connaissais pas. Un riff blues-rock, des cuivres dynamiques,
une voix à la Joe Cocker… Bien.
En cinquième position, nous retrouvons la deuxième
perle de l’album. La reprise de Stevie Wonder : "Living for
the city". Aaaaaaaah ! Ca fracasse. La voix de Bobby est presqu’aussi
agressive que celle de Stevie (NDR : Il suffit de lire le texte
pour comprendre d’où vient la « haine »).
Là aussi, les programmations font des ravages. Le son de
guitare de Luke est gras comme il faut… Et en plus, ils ont même
samplé une montée orchestrale des Beatles… L’arrangement
est vraiment bien pensé, même si on ne s’éloigne
pas assez de l’original à mon goût.
Puis une surprise. Le medley fétiche d’Herbie Hancock
: "Maiden Voyage / Butterfly", repris façon jazz-rock,
avec le thème joué à la guitare. Ce qui est
hallucinant, c’est que le morceau commence à la façon
Pat Matheny… Innovant, original, et en plus, ça m’a réconcilié
avec la musique d’Hancock. Bref, une réussite. Continuons
de faire le tour de cet album, avec la reprise d’Elton John : "Burn
down on a mission". Ce qui choque dans le cas présent,
c’est que la reprise est mieux que l’original. La voix de Bobby
fait des merveilles (NDR : Il fallait vraiment qu’il revienne
dans le groupe ce gars-là !).
Nous parlions de Clapton, il revient. Toto a décidé
de reprendre un succès de Cream : "Sunshine of your
love", avec un petit extrait de "White Room" (NDR
: Pour les connaisseurs) vers la fin. Dans ce titre, c’est Steve
qui chante. Sa voix puissante, remplie de substances illicites,
fait des merveilles. Avis aux guitaristes : relevez donc le solo
vers 01:58…
Morceau 9. La dernière perle de l’album ! Le challenge
pour un musicien, lorsqu’un il s’engage dans une reprise, c’est
de la faire mieux sonner que l’original. Et bien, c’est vraiment
réussi. Le morceau en question est un standard des Animals
: "The house of the rising sun", repris ringardement en
français sous le titre : "Le pénitencier"
(NDR : Oui, oui, par Johnny). Ce titre, à lui seul,
démontre la qualité extraordinaire de la voix de Bobby
Kimball ! Ah je sens que beaucoup de groupes de pianos-bars vont
se ruer à nouveau sur ce morceau… Quelle puissance ! Quel
arrangement ! Quelle perfection !
Par contre, je ne vois pas l’intérêt des deux derniers
titres : "Watching the detectives" d’Elvis Costello, en
reggae et "It takes a lot to laugh, it takes a train to cry"
de Bob Dylan. Mais bon, il faut bien qu’ils payent leurs impôts…
Dommage que l’album se termine si minablement (exception faite des
breaks reggae de Simon Phillips sur "Watching the detectives",
et la voix bluesy de David Paich sur "It takes a lot to laugh").
En conclusion, comme vous l’avez peut-être remarqué,
j’ai adoré l’album (à part les deux derniers morceaux)
! Depuis que je l’ai reçu, je l’écoute en boucle…
Courrez vite l’acheter, ou jouez à notre jeu concours? ;-)
Site officiel : www.toto99.com
Un grand merci à Capitol …
Toto - Through the looking glass (Capitol / Emi)
01. Could you be loved
02. Bodhisttva
03. While my guitar gently weeps
04. I can’t get next to you
05. Living for the city
06. Maiden voyage / Butterfly
07. Burn down the mission
08. Sunshine of your love
09. House of the rising sun
10. Watching the detectives
11. It takes a lot to laugh, it takes a train to cry