Béla Fleck & The Flecktones : Little
Worlds
Armés d’un banjo, d’une basse, d’un saxophone
et d’une batterie électronique hybride, les Flecktones parcourent
le monde depuis près de dix ans durant lesquels ils ont prouvé
que l’on pouvait faire du jazz avec n’importe quel instrument. Si
le chef de file de cette formation peu commune est un instrumentiste
virtuose, il n’en est pas moins un compositeur et arrangeur de talent.
Son Grammy Award pour son adaptation pour banjo de pièces
de Debussy en est d’ailleurs la confirmation.
Trois ans de patience pour un nouvel album qui devait être
à la base intimiste, annonçant un retour aux sources
pour un quatuor qui n’en était plus vraiment un, tant les
invités étaient nombreux sur « Outbound
» et « Live At The Quick ». La seule indication
supplémentaire était directement fournie par M. Fleck
: « Cet album sonne un peu world ». Rien que
ça… Il semble que le groupe ait décidé de changer
de direction au fil des mois. Cet album sonne effectivement world
: influences celtiques, chinoises, country bien sûr,… On peut
en outre se demander si cette petite phrase ne voulait pas signifier
autre chose. Du monde, il y en a. On peut même dire que la
terre entière est présente ! Côté intimiste,
on fait mieux.
Finalement, peu importe. Un triple album, ça se savoure
mais ça ne se boude surtout pas. D’autant plus que les invités
ne font pas de la figuration. Bobby Mc Ferrin, égal à
lui-même, presque au point de vous dégoûter.
Branford Marsalis brillamment mis en valeur dans « Captive
Delusions » un duo avec Jeff Coffin, spécialement composé
pour la circonstance. On note également la présence
des Chieftains et de musiciens moins connus gagnant à l’être.
Peu connus mais sans complexe. Solos de mandoline, theremin,
ukulele, chants de gorge, tablas, didjeridoo, dobro,… Tout cela
fourmille dans un ensemble cohérent et uni. L’éclectisme
est de rigueur et il y a de la rigueur dans l’éclectisme.
Tout le monde trouve sa place, même si on a parfois du mal
à tout entendre du premier coup tant les musiciens sont nombreux
et les harmonies sont riches. Tant mieux, enfin un album qui ne
prendra pas la poussière après avoir été
écouté trois fois.
Beaucoup de monde, et parmi eux les Flecktones. Pas de doute,
ils sont bien là et en forme. Victor Wooten reste le bassiste
idéal : servant la musique avant tout, de même que
son frère, Futureman le batteur cosmique. Jeff Coffin semble
toujours prendre autant de plaisir à asséner des thèmes
tantôt funky tantôt jazzy. Reste le maître des
lieux, Béla Fleck. Chef d’orchestre, compositeur, arrangeur,
on comprend mieux pourquoi son nom reste détaché des
Flecktones. Bien qu’il semble humble quand on le voit, ses différents
talents l’imposent en tant que leader, qu’il le veuille ou non.
Le résultat est à la hauteur de nos attentes. «
Little Worlds » est un grand cru à savourer
sans modération. Pas d’hésitation, on fonce.
Site officiel : http://www.flecktones.com