"Spinal Tap": le hard-rock
plus vrai que mature
Après "High Fidelity" sur des fans ultimes de
pop-rock, "Spinal Tap" taille un perfecto au milieu du
hard-rock. Film dit "culte", il vole à la même
hauteur que son sujet: au ras des pantalons moule-burnes.
Premier long métrage de Rob Reiner, qui trouva ensuite
la gloire avec le drôlissime "Quand Harry rencontre Sally",
"Spinal Tap" s'attaque au petit monde du hard-rock. Ce
"rockumentaire", comme l'appelle son présentateur,
remonte à 1984, mais vient seulement de sortir en France.
Il retrace les déboires de la formation anglaise Spinal Tap,
lors de sa tournée américaine de 1983. Tout y passe:
les caprices des stars infantiles, la collection de guitares qui
ne servent qu'à se faire admirer, le matos trafiqué,
le manager à la ramasse, la philosophie qui donne aux Simpsons
des allures nietzschéennes, les paroles ras la ceinture,
la copine qui n'est pas dans le groupe mais un peu quand même,
les accessoires de scène foireux, les solos masturbatoires,
les prises de tête entre musiciens, les concerts annulés...
Cet implacable réquisitoire, juste châtiment d'un
amoureux du genre, fut tourné alors que le heavy-metal d'Iron
Maiden connaissait la gloire planétaire. Tandis que le groupe
Spinal Tap, lui, n'a jamais existé. Ce sont bien des acteurs,
quoique musiciens eux-mêmes, qui lui donnent corps à
l'écran.
Mais comment caricaturer un monde en soi caricatural? Les gags,
criants de vérité, en sont-ils donc vraiment? Pour
qui connaît un tantinet le rock au sens large, "Spinal
Tap" n'est qu'un concentré de ce qu'on lit dans les
médias spécialisés ou de ce qu'apprend la fréquentation,
même lointaine, du plus obscur des combos de quartier. Plus
encore que "High Fidelity", l'autre film du moment sur
la musique, "Spinal Tap" relève du pur divertissement.
Pas ennuyeux pour autant, le délire de Rob Reiner convient
tout à fait pour la soirée d'agréable faiblesse
entres potes où, pour une fois, on s'avoue vaincu face à
l'envie de laisser le neurone à l'entrée du cinéma,
histoire de l'aérer un bol. En sortant de "High Fidelity",
on ne peut s'empêcher de peaufiner le Top 5 de sa discothèque
personnelle. Après "Spinal Tap", on intègre
enfin le cénacle des private-jockers qui l'ont vu. Ceux qui
savent comment faire sonner un détecteur de métaux
à la douane avec un concombre ou pourquoi les bassistes restent
cloîtrés dans leur bulle.
Fabien . M