Seyminhol : Northern Recital
(Brennus)
C’est un chant de bataille
«On fait des chansons qui peuvent s’écouter
comme une musique de film, voire, sans prétention aucune,
comme un opéra-rock épique.» Seyminhol, avec
son premier album, porte haut l’étendard d’un métal
qui claque aux vents de la mélodie et du lyrisme, alliés
aux puissances de l’agressivité et des cavalcades instrumentales.
«Notre originalité réside surtout dans l’utilisation
d’un concept historique, de bruitages, d’ambiances et d’un côté
symphonique assez prononcé», affirme Nicolas Pelissier
(guitares et claviers). Divisé en trois parties, Northern
Recital est «un concept-album historique sur le thème
de la guerre entre les Saxons et les Francs au VIII è siècle,
à travers un personnage central prénommé Thorgis.
Ce dernier décide de lever une armée pour venger la
mort de son ancêtre Widukind, mort au combat et victime de
la "dilatatio christianitatis" (invasion chrétienne).»
[ndr : Widukind mena, de 778 à 785, un soulèvement
des Saxons contre Charlemagne, qui s’employait à les écraser
et à les évangéliser.]
Le groupe a trouvé sa forme actuelle en 2000. Il se compose,
outre Nicolas, de Julien Truttmann à la batterie, de Kevin
Kazek au chant et de Christophe Billon-Laroute à la basse.
Ils avaient déjà sorti un mcd, Nordic Tales ,
en 2001. Si Nicolas trouve «réducteur» de parler
des influences de Seyminhol, il ne cache pas que ses membres adorent
des groupes comme Opeth, Dream Theater, Stratovarius ou Empyrium,
«ainsi que tous ce qui concerne les musiques de films, la
culture celte.»
« Mettre l’auditeur dans la peau du personnage »
Northern Recital donne souvent l’impression de se trouver
dans une salle de cinéma, pour peu que l’on ferme les yeux.
Avec même quelques réminiscences de musique classique.
«A vrai dire, nous écoutons plus de musique de films
que de compositeurs classiques», tempère Nicolas, qui
cite les B.O. de Braveheart , du Seigneur des Anneaux
(William Shore) et de Gladiator (Hans Zimmer).
Le groupe fignole le travail sur les contrastes et les ambiances.
«Elles sont fondamentales pour nous, afin de mettre l’auditeur
dans la peau du personnage, qu’il ressente comme lui la crainte,
la colère, le désespoir…»
Seyminhol pratique un style où la frontière entre
emphase et grandiloquence est parfois mince. Difficile de rester
du bon côté ? «Oui et non. Il faut simplement
se souvenir que l’on est un groupe de métal avec des guitares,
des rythmes et une batterie assez soutenus.»
On pourrait quand même reprocher à Northern Recital
de galoper sur des chemins métalliques déjà
fréquentés, quoiqu’absolument pas "mainstream",
et même de friser parfois les clichés, comme pour la
pochette. «Je ne pense pas que l’on fasse la même musique
que tous les autres groupes, dans le sens où on a tous une
approche différente (musique celte, bruitages…), assure Nicolas.
Quant à la pochette, elle plante simplement le décors,
à savoir un album épique et historique.»
Il estime même que la musique de Seyminhol pourrait dépasser
le cercle des amateurs de métal, «car elle renferme
des éléments qui sont relativement accessibles et
le chant est très mélodique. Nous aimerions toucher
un public aussi large que possible, que les gens se reconnaissent
dans notre musique, qu’ils ne considèrent plus les "métalleux"
comme des marginaux adorateurs de Satan…»
Au risque de te décevoir, ô lecteur(-trice) d’Amb,
ces gens-là ne sortent pas acheter leur pain en armure, ni
ne passent leurs nuits dans des cercueils à sniffer du poil
de chauve-souris : «Kévin, fait une thèse en
histoire ; Julien est étudiant en fac de physique-chimie
; Christophe est chef d’équipe dans le déménagement
et je suis prof d’E.P.S dans un collège», précise
Nicolas.
« Un moment intense »
Lui-même se charge de la majorité des compositions.
«Ensuite, je donne versions démos aux autres membres
du groupes, et on se réunit pour répéter les
titres. Nous avons fractionné l’enregistrement en trois sessions,
d’une part d’un point de vue financier et d’autre part afin de pouvoir
peaufiner les titres entre chaque session. Nous avons produit l’album
(à nos risques et périls…) et l’avons enregistré
près de chez nous, en Moselle, au studio Kirk Production,
avec notre ami Gilles Kauffman, qui a fait un excellent travail.»
Le résultat est en effet plus qu’honorable pour un premier
album, avec un son assez clair bien que légèrement
compacté.
Seyminhol a déjà ouvert (NDR : ils ont joué
en première partie) pour Blaze (le groupe de Blaze Bayley,
ex-chanteur d’Iron Maiden), pour Royal Hunt et pour Vanden Plas.
«Un concert de Seyminhol, est un moment intense où
les musiciens se donnent à fond, et où la puissance
côtoie la mélodie», décrit Nicolas. Reste
que retranscrire sur scène la complexité de Northern
Recital ne va pas de soi. «Afin de rester fidèle
à l’album, nous utiliserons sur scène des samples
(voix, orchestrations), et ainsi nous éviterons de nous ruiner
en embauchant un orchestre !»
Seyminhol, qui travaille déjà sur son prochain
album, prouve une nouvelle fois que l’Hexagone n’a pas à
rougir de ses troupes. «La scène française est
malheureusement trop discrète. Non pas que les groupes ne
soient pas bons mais plutôt qu’en France, on préfère
aller voir à l’étranger ce qui se passe. Malgré
tout, il y a beaucoup d’associations, de jeunes groupes qui ont
envie de réussir.» L’envie et aussi, Northern Recital
le prouve, le talent.
Site officiel : www.seyminhol.fr.st