Spécial Compositeurs de musique de
films : Eric Serra
ERRATA :
Éric Serra s'étant désisté, la réalisation
de la bande originale du film Femme
fatale de Brian DePalma a été
confiée au musicien japonais Ryuichi Sakamoto.
En outre, le film Rollerball a été réalisé par John
McTiernan, et non par Ridley Scott.
Un grand merci à Mademoiselle Anne Cornet pour la rectification.
Jean-Marc F.
Précoce. Et surdoué. Ce sont sans doute les qualités
les plus marquantes lorsque l'on se penche sur la vie de ce musicien
au parcours atypique, né à Paris le 9 septembre 1959.
C'est en effet à cinq ans seulement que le petit Éric reçoit de son père,
Claude Serra, chansonnier de profession, une guitare-jouet. Dès
lors aiguillé sur le chemin de la musique, il ne le quittera
plus jamais. Autodidacte, il n'en devient pas moins un talentueux
guitariste/bassiste, et monte plusieurs formations de rock et de
jazz-rock jusqu'à l'âge de 16 ans et demi, âge
auquel il obtient son bac C ! Quelques temps plus tard, à
17 ans, il décide de passer professionnel, et ses compétences
d'instrumentiste l'amènent à travailler avec des artistes
de renom : il accompagne en effet des célébrités
comme Didier Lockwood, Murray Head, Catherine Lara,
Mory Kante, ou encore Youssou N'Dour, et participera,
comme guitariste ou comme bassiste, à plus de cinquante sessions
d'enregistrement.
Mais c'est certainement sa rencontre avec le grand Jacques Higelin
qui s'avérera l'une des plus marquantes pour sa carrière
de musicien : entre 1980 et 1984, Éric
sera pour lui bassiste tout d'abord, notamment pour son album "Higelin
82", puis deviendra son chef d'orchestre, et participera
à l'écriture de certaines de ses musiques.
Dans la même période, en 1979, il rencontre le deuxième
" homme de sa vie " de musicien, Luc Besson, dans
un studio d'enregistrement, lors de la réalisation d'un album
de Pierre Jolivet. Besson n'est à ce moment-là
bien évidemment pas célèbre ni médiatique,
mais les deux hommes sympathisent. En 1981, le jeune cinéaste
propose à Serra
de composer la musique de son premier film, "L'Avant
Dernier", court-métrage co-écrit avec Jolivet
et tourné en noir et blanc, qui deviendra deux ans plus
tard, dans une version longue et plus aboutie, "Le Dernier
Combat". Serra
rempile comme compositeur sur ce projet, et avouera :
" Quand Luc m'a confié l'écriture de la musique
du "Dernier Combat", mon expérience de compositeur
se résumait à trois minutes pour son court-métrage.
Pour moi, c'était une aventure aussi excitante que mystérieuse....!
Ce plaisir, nouveau, de créer une émotion par l'alliance
de ma musique aux images de Luc était si intense, que les
détails techniques ne me préoccupaient pas outre mesure...
".
Les "détails techniques" prendront néanmoins
une très grande importance au fil des collaborations d'Éric Serra avec Luc
Besson : car, est-il utile de le rappeler, les deux hommes ne
se sépareront plus, et, de "Subway" (1984)
à "Jeanne d'Arc" (1999), en passant par
les productions de Besson, "Kamikaze" (1986)
ou "Wasabi" (2001), Serra
se chargera de toutes les partitions. Les détails
techniques, donc, deviendront un élément clé
de la musique composée pour l'écran par Éric Serra : si la B.O. de "Subway"
s'en tient aux instruments acoustiques habituels d'une formation
rock, celle du "Grand Bleu" marque elle l'incursion
de l'électronique et des sons synthétiques, auxquels
Serra
parvient à conférer une "chaleur vitale"
qui donne à ses compositions une texture particulièrement
subtile et mystérieuse. Pour "Nikita", cette
même électronique est mise en œuvre avec une naïveté
fragile et tout à la fois une énergie contenue, toute
en violence latente, à l'image de l'héroïne du
film (incarnée par Anne Parillaud), femme-enfant et
pourtant tueuse de sang froid.
Si, pour la musique d' "Atlantis", Serra commence de faire appel à
des sonorités orchestrales (notamment des timbres de flûtes
et de hautbois), c'est véritablement pour la bande originale
de "Léon" qu'il s'attelle à l'écriture
d'un score d'orchestre, qui sera interprété par le
Royal Philarmonic Orchestra et couplé aux sonorités
si particulières - et depuis largement copiées - que
le compositeur arrive à dégager de son recours à
la technique. Serra
montre dans cette partition son talent pour allier éléments
symphoniques, sons synthétiques et instruments populaires
(en l'occurrence, un bandonéon), et pour associer mélodies
à inflexions arabisantes et harmonies "impressionnistes".
Éric
Serra est ainsi l'un des rares compositeurs de musique de
films à savoir recourir simultanément aux ressources
d'un orchestre symphonique et à celles de synthétiseurs/samplers
(l'un des premiers avec Hans Zimmer), même s'il avoue
lui-même ne savoir que très maladroitement lire un
conducteur d'orchestre ; il n'hésite pas cependant à
se plonger dans les partitions des grands orchestrateurs (Ravel
en premier lieu) pour en comprendre les alliages instrumentaux et
s'en imprégner, afin de mieux restituer ceux qui résonnent
si fortement en lui.
Mais Éric Serra
ne compose bien évidemment pas que pour les films de
Besson : on a pu entendre ses musiques accompagner les images
d'un James Bond ("Goldeneye", de Martin Campbell),
celles de la comédie de Richard Berry "L'Art (délicat)
de la Séduction", ou encore celles du remake du
cultissime "Rollerball" refilmé par John
McTiernan (actuellement en salles), et l'on ne va pas tarder
à entendre le travail qu'il a effectué pour le dernier
polar de Brian de Palma, "Femme Fatale"
(sortie prévue en France : courant 2002).
Le succès public des compositions cinématographiques
de Serra,
et le nombre impressionnant de récompenses officielles pour
son travail forcent l'admiration. Petit récapitulatif :
"Subway" : Victoire de la Meilleure Musique de
Film en 1985, une nomination pour le César dans la même
catégorie la même année, et un double disque
d'or (200 000 albums vendus en France).
"Le Grand Bleu" : César de la Meilleure
Musique de Film en 1988, Victoire de la meilleure musique de film
la même année, Grand Prix de la Réalisation
Musicale Audiovisuelle de la SACEM en 1989, n°1 des ventes d'albums
en France pendant trois mois avec plus de 2 500 000 albums vendus
(double disque de diamant), disque d'or et de platine dans plusieurs
pays.
"Nikita" : César de la Meilleure Musique
de Film en 1989, nommé pour la Victoire de la Meilleure Musique
de Film la même année,
double disque d'or (200 000 albums vendus) en France.
"Atlantis" : nommé pour la Victoire de la
Meilleure Musique de Film en 1991, disque d'or (150 000 albums vendus)
en France.
"Léon" : Victoire de la Meilleure Musique
de Film en 1995
Serra
n'en oublie pour autant pas la musique "pure", c'est-à-dire
celle qui est censée se suffire à elle-même.
Après avoir produit un musicien sénégalais,
Doudou N'Diaye Rose, pour son album " Djabote " en 1992,
Éric
Serra sort en 1998 son premier album solo, baptisé
"RXRA" (devinez pourquoi !), produit par
Rupert Hine (producteur de Tina Turner entre autres)
: le disque ne rencontre malgré ses qualités qu'un
succès mitigé, peut-être dû à une
critique "crassement" mauvaise - qui sent un peu la revanche
mesquine, dans la mesure où le travail de composition cinématographique
est inattaquable. Sans doute aussi le public a-t-il pu être
déçu de ne pas recevoir ce à quoi il était
habitué par le Serra
des salles obscures. Des styles musicaux variés, des
textes chiadés sont pourtant au rendez-vous avec cet album
à écouter…
Éric
Serra est aujourd'hui, et depuis plusieurs années,
l'un des rares membres du club très fermé des compositeurs
français de musique de films à être mondialement
connus et reconnus, aux côtés d'un Maurice Jarre,
d'un Gabriel Yared ou d'un Georges Delerue. Sa patte,
reconnaissable entre toutes, marque de son sceau les œuvres - par
ailleurs intrinsèquement géniales - de Luc Besson,
et aussi de quelques autres, œuvres auxquelles elle apporte ce petit
je-ne-sais-quoi sans lequel elles ne seraient pas vraiment ce qu'elles
sont. Chapeau bas, Monsieur Serra
!
FILMOGRAPHIE :
Femme Fatale, de Brian de Palma (2002)
Rollerball, de Ridley Scott (2002)
15 Août, de Patrick Alessandrin (2001)
Wasabi, de Gérard Krawczyk (2001)
L'Art (délicat) de la séduction, de Richard Berry
(2001)
Jeanne D'Arc, de Luc Besson (1999)
La musique des films [compilation] (1996)
Le Cinquième Elément, de Luc Besson (1996)
Goldeneye, de Martin Campbell (1995)
Léon, de Luc Besson (1994)
Atlantis, de Luc Besson (1991)
Nikita, de Luc Besson (1989)
Le Grand Bleu [2 volumes], de Luc Besson (1988)
Kamikaze, de Didier Grousset (1986)
La Nuit du Flingueur, de Pierre Grimblat (1985)
Subway, de Luc Besson (1985)
Le Dernier Combat, de Luc Besson (1983)
L'Avant Dernier, de Luc besson (1981)
ALBUM :
RXRA (1998)
PRODUCTION :
Djabote, de Doudou Ndiaye Rose (1992)
Site officiel : http://www.ericserra.com
Jean-Marc F.