Rouge Rouge - Ce Soir, Après Dîner
(Pschent / Wagram)
Le monde de la musique regorge d’artistes qui pensent
que leur talent est quelque chose d’inaliénable devant avant
tout être protégé afin que le public puisse
en bénéficier dans sa forme originelle. En quelques
mots, des gens qui se prennent un peu trop au sérieux.
Nos amis de Rouge Rouge ont, quant à eux, choisi de jouer
la carte de l’humour sans toutefois tomber dans la parodie grossière
et simpliste. Le principe est simple : utiliser des samples issus
de 45 tours plus ou moins obscurs afin de les inclure dans de nouvelles
compositions. Il ne s’agit pourtant pas de remixes puisque les différents
matériaux sont pris à droite et à gauche.
On devine tout de suite l’univers décalé qui ressort
de tels assemblages. Il faut admettre que peu d’entre nous auraient
cru voir Mouloudji revenir sur le devant de la scène en 2003
! C’est pourtant chose faite avec ce qui risque de devenir un titre
phare du duo : « L’amour ».
Tout cela est bien beau, mais Rouge Rouge ne nous dit pas grand
chose. Il suffit d’y regarder d’un peu plus près pour mieux
comprendre le pourquoi de cette aventure. D’un côté,
on trouve Jean Croc, un habitué de Radio Nova et grand collectionneur
de disques en tous genres et guest remarqué chez certains,
notamment chez Air. On sait maintenant d’où sortent ces voix
issues de nulle part et dont personne sauf lui n’a entendu parlé.
Il précisa d’ailleurs à ce sujet lors de la conférence
de presse donnée par le label Pschent, dans le cadre du MIDEM
: « Le problème des droits d’auteur s’est posé
pour nous, mais d’une façon assez singulière : il
ne fallait non pas entamer d’interminables procédures pour
acquérir des droits à prix d’or mais tout simplement
retrouver les auteurs, ce qui n’a pas été une mince
affaire, étant donné que certains n’avaient édité
leur disque qu’à quelques dizaines d’exemplaires ! Ce fut
un vrai travail de recherche. »
On trouve à l’opposé (mais finalement pas si loin
que ça) Nicolas Errera, musicien qui a fait son trou au cours
de divers projets dont l’illustre Grand Popo Football Club. Les
amateurs d’Ariel Wizman se souviennent sans doute de ce «
Shampoo Victims » dans lequel on pouvait entendre des
morceaux tels que « La poésie, c’est fini » ou
encore « Les mecs, c’est pas des gens bien » (selon
la version). On comprend un peu mieux d’où vient cette touche
décalée et savoureuse que l’on reconnaît finalement
assez facilement, tant les sonorités de cet album sont proches
de celles du Grand Popo. C’est d’ailleurs un reproche que l’on pourrait
faire à ce disque (relativement anodin j’en convient).
Tout serait parfait dans le meilleur des mondes si l’article
s’arrêtait ici. Car si l’idée est séduisante,
l’écoute somme toute agréable et le concept accrocheur,
le temps risque de mettre à mal cette production. La sauce
prend moins bien que sur Grand Popo, les morceaux tournent également
plus en rond et on finit par avoir cette désagréable
sensation que le décalage tend à s’amenuiser, laissant
un goût ‘branchouille’ assez peu ragoûtant. Il serait
cependant injuste de cracher sur disque qui n’est pas si mauvais
et qui promet tout de même (jusqu’à quand ? Donnée
inconnue) un certain amusement, voire un certain plaisir d’écoute.
A découvrir…
Site officiel : www.rougerouge.com