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Les reprises et autres samples :
un exercice difficile…
De plus en plus d’artistes prennent le parti de faire
des reprises ou ont recours à la technique du sampling qui
consiste - qui l’ignore encore à l’heure actuelle ? - à
utiliser des enregistrements plus ou moins brefs de musique déjà
existante en vue de les monter en une musique nouvelle. Seulement
voilà : si certains s’acquittent raisonnablement de leur
tâche en produisant un son, une ‘touch’ personnels, d’autres
se sont engouffrés et s’engouffrent toujours dans cette séduisante
brèche avec une démarche purement commerciale, et
fort lucrative…
Le recours à des musiques existantes ne date
pas d’hier : à l’époque baroque puis classique, il
valait mieux composer toutes fenêtres fermées. Bach
écrivait des variations sur des airs populaires, Haydn réutilisait
à outrance mais avec génie les mêmes thèmes
notés dans un carnet… La citation a traversé les époques,
allant du simple clin d’œil jusqu’à la moquerie en passant
par la marque de respect.
Plus près de nous, un Gainsbourg reprendra
un thème célèbre de la Symphonie du Nouveau
Monde de Dvórak, et prendra Chopin comme compositeur pour
Lemon Incest. On ne compte plus les reprises à peine variées,
telle celle de Ces années-là de Claude François
par Yannick, qui ont tout de même le mérite de reprendre
quasiment à l’identique les musiques sans les massacrer ;
il faut bien avouer que la version Ces soirées-là
est assez agréable tant par l’humour des paroles que par
l’actualisation du son qui reste moins aigrelet que dans l’enregistrement
original. Liane Foly s’en sort honnêtement pour sa reprise
de La vie ne m’apprend rien, mais la version de Daniel Balavoine
reste de loin la meilleure…
L’américain Moby propose quant à lui
quelque chose de fort agréable : on est là en plein
dans la plus pure technique du sampling. Mais le travail effectué
prodigue à la musique une texture très particulière
qui permet d’identifier immédiatement le compositeur. La
démarche créatrice n’a ici rien de contestable, mais
cela dépend bien évidemment du point de vue…
En revanche, celle de certains est franchement anti-musicale
: après avoir quand même bien égratigné
la Pavane de Fauré avec son Tous les mots d’amour, Norma
Ray doit faire se retourner dans sa tombe le pauvre Beethoven tant
son utilisation de l’allegretto de la 7ème Symphonie fait
insulte au génie du compositeur. Les sonorités choisies
sont ‘petites’, sans relief, les harmonies - voulues simples par
Beethoven, et par conséquent intouchables au risque de rompre
l’équilibre - sont assassinées, et la mise en boucle
semble avoir été faite par dessous la jambe… Le filet
de voix n’est pourtant pas désagréable, mais qui connaît
et apprécie l’œuvre originale a la très désagréable
impression que, pour plaire au public, on nivelle par le bas en
simplifiant à outrance. C’est plutôt dommage car au
demeurant, l’idée, certes pas nouvelle, peut produire quelque
chose de tout à fait intéressant…
Dur exercice en réalité que celui de
la reprise ou du sampling, car il est facile de sombrer dans la
médiocrité, de violenter des œuvres pourtant très
belles à l’origine ; seuls quelques uns, vraiment inspirés,
réussissent à produire un résultat qui arrive
au moins au niveau de la version originale. Tout le problème
tient dans la difficulté à discerner le bon du mauvais,
tant les musiques actuelles versent dans ces créneaux : entre
citation, variation et plagiat, la limite est ténue, et seul
le talent et le travail peuvent faire pencher la balance…
Jean-Marc . F