Pulp : This is the end…
Cela faisait bientôt quelques mois qu'on en parlait,
et apparemment c'est arrivé : Pulp splitte (ou disons pour
les novices et les grammairiens que le groupe musical Pulp s'est
séparé). Du moins officieusement. A la fin d'un concert
donné à Rotterdam au mois de décembre dans
le cadre du festival Auto, Jarvis Cocker, le leader charismatique
du combo a déclaré que "c'est peut -être
la dernière fois que vous nous voyez...mais qui sait peut
- être nous réunirons nous dans l'avenir".
Alors bien sûr j'en vois déjà au fond à
côté du radiateur qui s'exclament en sautant comme
des cabris : " Monsieur, Monsieur, tu sais c'est quoi Pulp?"
et moi de leur répondre qu'on ne dit pas "tu sais c'est
quoi". Une petite leçon d’histoire musicale s’impose
donc.
Pulp naît en 1979; cela fait donc 23 ans qu'ils existent,
mais la plupart des ces années le groupe les passe dans l'anonymat
le plus complet; il faudra attendre les années 90 pour qu'ils
éclosent autant sur le plan artistique que médiatique.
C’est donc à quinze ans que Jarvis Cocker crée
Arabicus Pulp en 1978 (qui devient définitivement Pulp un
an plus tard); ce grand gringalet à lunettes de Sheffield
n’a rien apparemment pour devenir une pop-star, et pourtant... Les
membres du groupe, étudiants, vont peu à peu quitter
Pulp pour la fac. Seul Jarvis reste, et sera rejoint par d’autres
personnes plus à la hauteur de ses ambitions et de son talent.
Les albums ne se feront pas sans difficultés : en 1983
sort It, en 1987 Freaks et en 1992 Séparations,
l'album qui m'a fait les connaître ; ces trois albums sont
assez sombres, mais d’une étonnante personnalité.
C'est en 1994 que j'acquiert mon premier album du groupe, à
savoir His 'n' hers, sans doute l’un de mes préférés
: leur formule est enfin installée et va leur ouvrir les
portes du succès : mettez de la pop synthétique, ajoutez
un chanteur ironique et triste, avec un zest de disco et de glam,
et c’est le bonheur.
En 1995, en pleine période Britpop, ils nous sortent Different
class, l'album de la consécration. Avec des titres comme
« Common people » qui rentre directement à la
deuxième place des charts, ou « Disco 2000 »,
c’est un album truffé de hits.
En 1998, c’est au tour d’un album moins léger de paraître
dans les bacs: This is hardcore. Ils auraient pu continuer
dans la même veine que l'album précédent, mais
quand on a une âme et que l'on est exigent, on ne passe pas
toujours par la case facilité; c'est un album malade, voire
"cocaïné", aussi intéressant que laborieux.
Pour leur dernière galette (We love life en 2001),
le groupe s'est beaucoup remis en question; ils ont fait appel au
mythique Scott Walker pour le produire, ce qui donne à l'opus
une certaine minéralité; mais c'est un album pour
les convaincus, peut-être le plus difficile à accoucher,
mais aussi le plus personnel. Une réussite.
Au moins de novembre 2001, j'ai eu l'occasion de voir le groupe
en concert à la Cigale pour le Festival des Inrocks; ils
remplaçaient alors The Strokes qui avaient annulé
leur set. Sur scène, on ne voyait que Jarvis Cocker, le reste
du groupe faisant décor; j'ai rarement vu sur scène
une personnalité comme la sienne, un vrai personnage, terriblement
charismatique. Cette personnalité, on la retrouve lors de
la fameuse cérémonie des Brits awards en 1996, où
alors que Mickaël Jackson chantait avec pleins de n’enfants
autour de lui, Jarvis était monté sur scène
et s'était dandiné quelques secondes, ridiculisant
le soi-disant King of Pop, avant de se faire jeter par des gardes
du corps.
Aujourd’hui, Jarvis Cocker vient de s’installer à Paris
après son mariage avec une styliste française, Camille
Bidault-Waddington. Il participe apparemment à l’écriture
de morceaux pour le prochain album d’Anna Karina, après avoir
écrit pour Marianne Faithfull.
L’histoire n’est peut-être pas terminée pour le
groupe, (who knows), mais en tout cas une page se tourne ; la maturité
n’appartient pas au monde léger et flamboyant de la pop anglaise
et je suis certain que nous ne sommes pas au bout de nos surprises.
Site officiel : http://www.pulponline.com