Psicotropia : Same (Luna Negra/Musea)
Ce n’es pas souvent que nous chroniquons ici des formations
espagnoles, les Ibères ayant semble-t-il autant de mal à
s’exporter que les Français, surtout lorsqu’ils chantent
dans leur langue natale. Les Madrilènes de Psicotropia valent
pourtant la peine que l’on s’embarque dans leur univers musical,
marqué par deux des formations majeures des années
1970 (mais toujours en activité!), Jethro Tull et King Crimson.
Psicotropia privilégie les tonalités relativement
sombres, voire lourdes et bourdonnantes, pas tout à fait
goth ni doom pour autant. Elles alternent avec des passages quasiment
pop ou psyché, parfois accompagnés d’une flûte
traversière (ce qui n’est pas le seul point de comparaison
avec la formation de Ian Anderson). Essentiellement instrumentale,
la musique de Psicotropia paraît d’un abord peu évident
à la première écoute. Elle reste pourtant gravée
dans la mémoire (on s’en aperçoit dès le deuxième
essai) et peu même se montrer entraînante lorsque le
trio s’énerve un brin.
Le chant suggère une espèce de mélancolie
et évoque une prière, une incantation névrosée
quand la tension se fait plus vive, ce qui n’est pas rare. Ou se
coule dans une narration de conte à mi-chemin entre l’apaisement
et l’inquiétude. Les paroles en espagnol donnent une saveur
plus originale encore à l’ensemble. La voix, un peu limitée
sur certains passages, me semble tout de même l’aspect le
moins convaincant de l’album. Ce qui n’est pas si grave puisque
ses interventions restent fort peu nombreuses.
Psicotropia s’autorise des passages décalés, tel
ce «Cinco mundos excluding Garfios», petit délire
instrumental de moins de deux minute, l’apport d’un violoncelle
(« Viaje en re», joliment prog’-pop), d’un piano («
Oigo voces »), d’un harmonica, d’un solo blues-rock.
Peu bavard, cet album a donc des choses à dire et ses
expérimentations ne sonnent pas gratuites. «Same»
est tout sauf un disque d’ambiance, même si son propos est
bien d’en créer. Voilà une jolie découverte,
qui pourra trouver un échos au-delà du cercle des
fans de progressif. Tous les amateurs de la créativité
estampillée early 70’s, de jolies mélodies vrillées
ou de musique dark mais variée en mal de nouvelles
sensations feraient bien d’y coller une oreille.
www.psicotropia.com
www.musearecords.com
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