Popa Chubby en concert
Palais des Congrès d’Antibes Juan-les-Pins (06)
Mercredi 19 novembre 2003
L’association A Capella a encore offert un concert de
qualité aux azuréens en accueillant à Antibes
un immense guitariste blues-rock : Popa Chubby.
Sa prestation étonnante et détonnante aura sans nul
doute marqué les esprits.
En première partie, une révélation :
le Caligagan trio. Une formation acoustique
d’une grande qualité qui oscille entre soul, blues et reggae
funky, un peu à la manière d’un Ben Harper première
période.
La soirée débuta donc avec Caligagan trio,
groupe constitué d’un bassiste et de deux guitaristes dont
le chanteur, anglophone.
Le style est chaleureux, à l’image du jeu fin des musiciens,
l’absence de percu créant une intimité renforcée
par la voix ferme mais fragile de Caligagan. Cette délicatesse
n’a heureusement rien de soporifique puisque soutenue par une rythmique
puissante et une âme très funky; le tout dégage
une énergie contagieuse pleine de bonnes vibrations. Les
arrangements d’une rare qualité mêlent avec perfection
mélodies souples et rythmes appuyés, ce qui n’est
pas sans nous rappeler Ben Harper dont nous n’avons pu éviter
la comparaison (tant au niveau du genre musical que du style de
la voix et des chansons). Au croisement de Tracy Chapman, Kesiah
Jones ou Bob Marley, Caligagan trio a néanmoins réussi
à définir sa couleur propre. Pour preuve, leur interprétation
très libre de So much things to say de Bob, bien loin
des reprises réchauffées et irrespectueuses de certains.
Le magnifique concert se termine sur un chant a capella ponctué
par les claquements de main du public. L’ovation finale entraîna
un rappel très soul en guise d’au revoir. A découvrir
absolument !
Après un court entracte, les lumières s’éteignent
de nouveau et le public se met à gronder. Je m’attends à
quelque chose d’explosif… et je ne vais pas être déçu
! Dès leur entrée sur scène, Popa Chubby
et ses trois compères font péter les watts. Un riff
blues amplifié et distordu, une grosse batterie binaire,
un clavier qui appuie chaque temps et une basse qui plombe l’ensemble
: le ton est donné ! Ca sonne gras mais, étrangement,
pas lourd pour un sou. La musique rythmée, surpuissante,
part dans tous les sens sans jamais s’égarer ou brouillonner.
Rock bluesy ? Blues-rock ? Je comprends maintenant pourquoi leur
musique, inclassable, est à l’origine d’un nouveau courant
musical. Dans tous les cas, on est bien loin du blues rural et nostalgique
du delta du Mississippi. Ils jouent tous quatre avec force et conviction,
survoltés, sûrs d’eux. On se sent presque agressé
par leur manière de s’affirmer en nous balançant des
grands rushs de guitare à la gueule. A l’instar du groupe,
Popa Chubby revendique ses origines citadines de pur produit new-yorkais:
obèse, arrogant, agressif et tellement talentueux, il se
permet même de citer l’hymne états-unien dans un de
ses chorus ! Avant la fin de la première chanson, une grande
partie de la salle aux fauteuils moelleux est déjà
debout.
Mais ne nous y trompons pas, tout le groupe repose indéniablement
sur le génie d’un Popa technique, inspiré, qui se
renouvelle à chaque improvisation, ce qui n’est pas donné
à tous les "guitar heros" (car c’en est résolument
un !) : le batteur manque de créativité (c’est le
moins que l’on puisse dire), le bassiste reste un métronome
sur pattes, avec les avantages et les inconvénients que cela
peut comporter, et le clavier possède une main droite tellement
bonne qu’il en oublie la gauche ! Et pourtant ça fonctionne,
ça sonne à merveille. Une preuve de plus, s’il en
était besoin, que la musique ne se résume pas à
une simple prestation technique. L’émotion est présente,
le groupe se complète, se transcende, chacun tirant l’autre
vers le haut. Popa, supporté tant bien que mal par ses trois
alliés dépasse vraiment le simple cadre de la maîtrise
musicale et apporte un esprit blues à son rock robuste et
vigoureux : un cœur de bluesman, une âme de rocker.
Pourtant, comme le dit de sa voix claire et gutturale Popa Chubby
dans une de ses chansons : « ça vient de N.Y. City,
un endroit où il n’y a pas de route pour le blues. (…) A
N.Y. City, il n’y a pas d’endroit où jouer ». Ceci
explique sûrement l’attachement du groupe pour la France où
il a beaucoup tourné. Surveillez les concerts près
de chez vous et courez les voir, vous ne serez pas déçus
!
Ah, un dernier conseil, ne vous mettez jamais au premier rang.
Je n’ai jamais vu un mec cracher autant en chantant, c’est hallucinant.
Je suis même allé jusqu’à me demander si les
micros étaient water-proof, de peur d’un court-circuit !
Mais prenez votre courage à deux mains, je vous promets que
ça vaut le coup d’affronter ce flot de salive et de décibels…
Sites officiels :
Caligagan trio : www.caligagan.com
Popa Chubby : www.popachubby.com