PIERPOLJAK : « RASTAMAN VIBRATION »
On raconte que le jeune Pierre
évolua à Colombes dans un contexte sulfureux et revendicateur,
au milieu des « Dance Hall » et autres « Sound
System », qu’il décida de partir pour Londres, à
l’âge de quinze ans, pour y découvrir l’alliance du
oï et du reggae, qu’il échoua enfin aux Antilles pour
y révéler son karma musical.
On l’a découvert sur les ondes,
susurrant le retour à l’originel avec dévotion : «
Peace, Love and Honesty ». En effet, Pierpoljak fait partie
de la communauté des hommes qui prônent le naturel.
S’il veut « quitter le monde des fous pour de bon »,
c’est parce que la folie est l’un des maux dévastateurs de
notre intégrité. Pierpoljak se livre tout entier à
nos oreilles ébahies par tant de liberté : «
En politique c’est facile il suffit d’être habile pour emmener
brouter les bœufs, mais je ne suis pas le genre de bison qui aime
les bâtons, les barbelés pour horizon ». Son
timbre de voix fait écho à ceux dont l’histoire les
enchaîna. Et c’est ainsi qu’il assimila les aspirations profondes
du reggae : la révolte contre l’esclavagisme et l’oppression.
Malheureusement, l’histoire est un éternel recommencement
: l’aliénation demeure, sous toutes ses formes et dans tous
les continents.
Ironie du lexique, « Pierrot Le
fou » faisait partie d’un cercle dont le nom nous fait désormais
horreur. Leçon d’histoire musicale : à la fin des
années soixante, en Grande-Bretagne, hard mods anglais (
Sex Pistols, The Clash pour vous situer le style) et rude boys jamaïcains
se rencontrent pour former un clan nommé « Skin head
». Prolétaires et immigrants s’unissent comme porte-parole
d’une liberté à prendre ; de là naissent le
ska et le oï, musiques révolutionnaires et rythmées.
Leur tenue vestimentaire est un mélange explosif destiné
à singer le bourgeois et à affirmer le statut prolétaire
par le port de tenues de travail ( chaussures de sécurité
comme les Doc Martens). Nous connaissons tous le détournement
de cette formation multi-ethnique qui, à l’origine, n’était
pas raciste. Petite parenthèse vouée à la réhabilitation
de l’origine de formations musicales : Pierpoljak n’est pas un ancien
fasciste, comme vous avez pu l’entendre dire !
Bref, il vous suffit d’écouter
son deuxième album, « Kingston Karma » pour savourer
les cuivres et les percussions, la batterie et les guitares d’un
artiste inspiré par tout ce dont on rêve éveillé
: l’émancipation et la dignité.
Karine.F