Nickelback : The long road
(Roadrunner)
Ceux qui espéraient pouvoir se jeter sur Nickelback
pour lui faire la peau après le succès
intersidéral de "How you remind me" (ne me dites
pas que vous n’avez pas entendu ce refrain imparable au moins cent
fois) n’ont plus qu’à retourner à la niche. Le groupe
n’est pas tombé dans la fadasserie FM et ne fera pas de concurrence
à Bon Jovi.
Grosses guitares saturées en avant, toute ! Nickelback
fait du rock, du gros, du dur, du bien hard même par moments.
Une espèce de mélange entre le Metallica de "Load",
Soundgarden, Aerosmith et Guns’n’Roses. Les accalmies ne sont que
passagères. Et la voix de Chad Kroeger, bien qu’assez monocorde,
rappelle à la fois James Hetfield et Chris Cornell. Genre
gentil mauvais garçon.
"Flat on the floor", le premier morceau, ferait
presque figure de manifeste anti-tube, comme pour affirmer que Nickelback
ne sera pas le groupe d’un hit. Deux minutes chrono, mordantes,
rentre-dedans, avec tout de même le grain mélodique
typique au groupe. Autant dire qu’en attaquant comme une escouade
de desperados tombant sur un restaurant à la sortie du désert,
le quatuor laisse espérer une piqûre d’adrénaline
en intraveineuse.
Pas tout à fait. Car "Flat on the floor"
est peut-être le meilleur morceau de l’album. Dès "Do
this anymore", l’aspect mélodique reprend du poil
de la bête, notamment grâce au chant, convaincant et
engagé. On est aussi frappé par le gros son de l’ensemble.
Clair (très), puissant (hyper), rugueux (assez): bien adapté
au genre, en somme, et sans doute beaucoup plus léché
et travaillé qu’il n’y paraît. L’impression de colère
qui se dégage de l’ensemble ne se dément pas.
Il faut dire que les paroles ne versent pas non plus dans le
sirupeux. Quand Nickelback parle d’amour, c’est ici plutôt
pour en interroger les incompréhensions mutuelles. "Someday",
malgré un chouette refrain, n’est pas fait pour mettre les
midinettes dans sa poche.
Ce que confirme "Believe it or not", comme si
Nickelback cherchait à salir son aspect mélodique,
en l’exposant clairement puis en le roulant dans la boue. D’où
une alternance entre des guitares lourdes, quasi syncopées,
et des passages plus calmes.
"Feelin’ way too damn good", avec un titre optimiste,
un côté plus «rock roots» et une ambiance
qui s’annonce cool, vous caresse juste le temps qu’il faut dans
le sens du poil pour endormir la méfiance et vous assommer
sur le refrain, grave sans être rapide. D’ailleurs, Nickelback
hausse souvent le ton mais très rarement le tempo.
Entre-deux
Nous voilà déjà au milieu de cet album,
qui passe bien dès la première écoute, à
l’énergie, et repasse tout aussi bien ensuite. Pas mieux
non plus. Très agressif pour un public rock mainstream mais
pas speed au point de convertir les métalleux, "The
long road" souffre en fait de ne jamais se laisser
aller à verser carrément d’un côté ou
de l’autre, restant dans un entre-deux qui lui donne une texture
un peu linéaire.
Les démarquages sont minimes, bien que parfaitement réglés.
"Because of you" introduit ainsi un rythme presque
indus. Son successeur "Figured you out" affirme
également cette modernité. Il n’y a rien de vraiment
rap ni d’électro dans ce morceau, mais il fait penser à
ces genres sans avoir l’air d’y toucher.
Le huitième titre, "Should’ve listened",
est le plus calme mais aussi le plus creux. En revanche, "Throw
yourself away" aborde un sujet grave que l’on attendait
pas là, débutant sur ces vers: «Baby’s born
on a bathroom floor / Her mother prays it’ll never cry»
(Bébé est né sur le sol d’une salle de bain
/ Sa mère prie pour qu’il ne pleure jamais). Gloups…
On se demande ensuite comment prendre l’ironie de "See you
at the show", sur la starification, cette thématique
renvoyant indirectement à l’attitude adoptée avec
le premier titre.
Sans être excellent, "The long road" reste
un album bien foutu, qui a du cœur à l’ouvrage. Et s’il lui
manque un brin de folie, il s’avère assez spontanée
pour laisser loin derrière des wagons de fadaises sans lendemain,
dont Nickelback n’a visiblement rien à secouer.
Site officiel : www.nickelback.com