En attendant le Nice Jazz Festival 2003
Cette semaine, nous allons continuer notre tour d’horizon
des concerts dans les Alpes-Maritimes, pour nous arrêter sur
LE festival mythique du mois de Juillet à Nice : le Nice
Jazz Festival. Depuis 1974, le festival de jazz de Nice, devenu
officiellement « Nice Jazz Festival » en 1994, est devenu
un événement incontournable pour tous les azuréens.
Son concept peut être résumée ainsi : plus de
50 artistes répartis sur 3 scènes différentes
pendant 8 jours. Mais ce n’est pas parce que sa formule est simple
qu’elle est aisée à mettre en place. Depuis plusieurs
années, le Nice Jazz Festival connaît des problèmes
quasi insurmontables, accumulant dettes et mauvaise réputation…
C’est dans le cadre idyllique des jardins des Arènes de
Cimiez que se déroule, chaque année en Juillet, le
« Nice Jazz Festival ». Au milieu des oliviers centenaires
et des vestiges gallo-romains, les mélomanes de tout bord
se réunissent pour célébrer la musique. Naviguant
entre les divers stands, ils essaient d’accéder aux trois
scènes : La scène Matisse, La scène des Arènes
(ancien amphithéâtre romain d’une exceptionnelle beauté),
et les Jardins (la plus grande de ces trois scènes). Mais
si le cadre fait rêver, l’historique du Nice Jazz Festival
est plutôt un cauchemar pour beaucoup de ses protagonistes…
Retour sur un festival « différent ».
Le principal problème de ce festival ? Sa date. Depuis
des années, à la même période, c’est-à-dire
la troisième semaine de Juillet, se déroule à
quelques kilomètres de là, le « Jazz à
Juan ». Et tous les ans, le même dilemme se pose aux
amateurs de jazz : où vais-je ce soir ? Nice ou Juan ? Car
depuis plus de vingt ans, aucun des deux festivals ne veut céder
: ils tiennent à leurs dates et ne les changeront pas !
Au fil des ans, affaibli par sa lutte fratricide avec le festival
Jazz à Juan, le Nice Jazz Festival a perdu sa crédibilité.
Certes beaucoup de stars du jazz s’y côtoient : Michel Petrucciani,
André Cecarrelli, Miles Davis, Dee Dee Bridgewater, BB King
pour le blues, etc. Mais, à côté de ces vedettes
jazz, nous en retrouvons d’autres qui n’ont qu’un très lointain
rapport avec le jazz : Kool and the Gang, Incognito, Santana, et
même, à l’époque, Jamiroquai…Résultat
? Beaucoup d’amateurs de jazz se tournent vers le Jazz à
Juan (qui programme des légendes du jazz, et privilégie
la qualité à la quantité), alors que le festival
de Nice réussit la gageure d’attirer une nouvelle clientèle
: les jeunes. Malheureusement, l’équilibre est instable,
et le jour où le groupe (car c’est un groupe !) Jamiroquai
annule sa prestation à Nice, cela plonge les finances du
festival dans le rouge. De cette situation, le producteur du festival
de l’époque, Luc Gaurichon, ne s’en remettra jamais.
Certes, ce n’est pas facile de voir débarquer 5000 personnes
(NDR : estimation personnelle…) qui repartent aussi sec en
apprenant que leur groupe fétiche avait annulé (NDR
: A l’époque, j’en faisais partie...).
Et nous en arrivons au deuxième problème du Nice
Jazz Festival : ses producteurs. Après le départ de
Luc Gaurichon, la municipalité décide d’accorder la
concession à un autre amateur de jazz : Michel Leeb.
Mais ce dernier n’a pas réussi a remonter la barre, et a
même changé le cap. Michel Leeb a cru bon de revenir
au jazz, au vrai, mais dans la configuration big bands. Il a donc
programmé les meilleurs big bands, qui reprenaient tous les
mêmes morceaux, et s’est même plié au jeu en
s’auto-programmant dans un hommage réussi à Cole Porter
(NDR : Beaucoup de gens ont d’ailleurs découvert ce soir-là
que Michel Leeb chantait et jouait du piano). Le grand Michel
Petrucciani était là, mais cela n’a pas suffit à
rehausser le niveau. Nous avons même frôlé le
suicide collectif lorsque nous avons entendu le big band de Phil
Collins… A l’époque, il y a 4 ans, le constat est accablant
: le festival perd de l’argent, la programmation est médiocre,
le public ne vient plus, la diffusion du son est mal définie,
ce qui aboutit à un brouhaha horrible…
C’est là que Viviane Sicnasi entre en scène.
Habituée à la culture des festivals, elle décide
de tout reprendre en main, et de changer, pour la xième fois,
d’orientation artistique. Ses maîtres mots sont "thématique"
et "mélange". Allier l’ancien et le moderne, réunir
tous les jazz lors de 8 soirées thématiques. C’est
ainsi que nous retrouvons une soirée blues, une soirée
électro / nu-jazz, une soirée world music, et surtout,
une soirée femmes. Michel Leeb avait essayé de lancer
ce concept en 1999, mais ça n‘avait pas pris. Viviane Sicnasi
reprend l’idée et l’améliore. Résultat ? L’année
dernière, c’est la soirée femmes (avec Dee Dee Bridgewater,
Marianne Faithfull, Julia Migenes, Angélique Kidjo, Malia…)
qui a généré le plus d’entrées.
L’optique de programmation a radicalement changé : l’objectif
est de faire plaisir à tous les publics, amateurs de jazz
comme de musiques actuelles. Le mélange est détonant
et coloré, et cela fonctionne ! Le public est de retour.
Les stars du jazz et du blues (Kenny Garrett, Joe Zawinul, BB King,
Dr John, Dee Dee Bridgwater…) côtoient les étoiles
montantes de l’electro / nu-jazz (Saint Germain, Llorca, Troublemakers,
Cam…) ; ou les stars à la mode (Tiziano Ferro, Yannick Noah,
Sanseverino…). Voici donc le secret de la réussite : il y
en a pour tous les goûts.
Cette année, même recette, en encore mieux. La programmation
est vertigineuse. Il s’agit toujours d’un melting-pot où
l’on pourra apprécier Joe Jackson, Diane Reeves, Richard
Galliano, Bireli Lagrène, Jacky Terrasson ; aux côtés
de Jimmy Cliff, Rita Mitsouko, Laurent de Wilde, Gotan Project,
Erik Truffaz, Bumcello, Robert Plant, Chic, et même, comble
du sublime : Kool and The Gang et Jamiroquai.
En plus, une bonne nouvelle n’arrive jamais seule : les festivals
de Nice et Juan ont enfin compris que leur attitude nuisait à
leur réussite, et ils se sont mis d’accord. A partir de cette
année, les dates des deux festivals ne se chevaucheront plus.
Elle est pas belle la vie, sous le soleil ?
Programmation 2003 : Du 22 au 29 Juillet.
Mardi 22 Juillet : Rita Mitsouko / Joe Jackson / Jacky
Terrasson / Richard Galliano / Diane Reeves / Paolo Fresu / Daara
J. / Franck Avitabile
Mercredi 23 Juillet : Jimmy Cliff / The roots / Orchestra
Boabab / Toots & the Maytals / Carlinhos Brown / Salif Keita
/ Los de Abajo / Orishas / Maraca & Afro Cuban Jazz Masters
Jeudi 24 Juillet : David Guetta / Erik Truffaz / Gotan
Project / Laurent de Wilde / Frédéric Galliano &
the African Divas / Rubin Steiner / Bumcello / Jérôme
Badini
Vendredi 25 Juillet : Beth Gibbons & Rustin'Man /
Noa / Casa de la Trova / Gianna Nannini / Oumoun Sangaré
/ Belbel Gilberto / Lisa Ekdhal / N'Dambi
Samedi 26 Juillet : Robert Plant / Dr John / Mighty Mo
Rodgers / Otis Taylor / Red / Chic / Sam Moore / Richie Havens
Dimanche 27 Juillet : Solomon Burke / Kool and the Gang
/ Wilson Pickett / Roy Hargrove / Malia / Corneille / The Blues
Brothers (+ Eddie Floyd) / Terry Callier
Lundi 28 Juillet : Jamiroquai / Arthur H / Ed Harcourt
/ Edoardo Bennato / Mokhtar Samba / Jescze Raz
Mardi 29 Juillet : Bireli Lagrène / Sylvain Luc
+ Trio Sud / Nguyen Lê / Overhead / Raphaël Faÿs
/ Beverly Joe Scott / Lenine / Piero Pelu / Luz Casal
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