Motörhead et Anthrax font fosse commune
Ça va pogoter dans la fosse du Zénith
de Paris, mardi 29 octobre. Une double affiche alléchante
réunit Motörhead et Anthrax. Chacun dans leur style
s’illustrent par leur longévité et par leur intégrité
musicale. Motörhead fête son nouvel album, « Hammered
». Anthrax, qui aurait dû sortir « We’ve come
for you all » en cette fin d’année, arrive la musette
vide, gougnafferies de labels aidant.
Figure de proue de Motörhead, son chafouin bassiste-grogneur
Lemmy Kilmister a doublé les 50 piges en excès de
vitesse. Lemmy, roadie guitare de Jimi Hendrix, ancien de Hawkind,
et que la confrérie respecte autant qu’un Angus Young (guitariste
solo d’AC/DC). Tout comme ce dernier, le sieur Kilmister affirme
avant tout jouer du rock.
Un rock franchement hard, au blues homéopathique mais
injecté en suppositoires au TNT, et même entraînant.
Ainsi du tubesque « The ace of spades » (1980) ou des
quelques accords de piano qui dynamitent « Don’t waste your
time » sur l’album « Sacrifice » (1995). Ce titre
à réveiller Bon Scott (le DCD premier chanteur d’AC/DC)
résume l’essence même de cette bande à asile
: brûler la vie tant qu’on y est encore, un majeur bien tendu
en direction de la Faucheuse, et le Jack Daniel’s pour les rhumatismes.
« Everybody asking just when they gonna die / I think that
they should be askin’ why », dixit Lemmy.
Sur la pochette du premier album, « On parole » (1976),
figurait cet exergue : « Born to lose, live to win ».
La musique avant tout. Motörhead fait du Motörhead, tout
comme AC/DC fait du AC/DC, sans jamais céder aux modes, sans
se renier. Une espèce de bourdonnement heavy, vibrant de
basses, lourd, où la mélodie vient s’incruster de
façon perverse pour augmenter l’efficacité.
On ne vient pas au concert pour visualiser les types qui jouent
sur l’album. Motörhead, comme tout vrai mercenaire du rock,
est fait pour la scène. Son « No sleep ‘til Hammersmith
» (1981) est reconnu comme un des plus grands albums live
du rock. Et revenu à cette formule du power-trio (avec Phil
Campell à la guitare et Mikkey Dee à la batterie)
qui ne laisse aucune possibilité de tricher, le combo a,
dit-on, retrouvé sa jeunesse.
Le cas Anthrax n’est pas si éloigné. Vieux loup
de riff assassin lui aussi -son premier album remonte à 1984-
ce gang symbolise le « mosh », le trash endiablé.
Rythmiques carrées, solos furieux. 15 ans avant le néo-metal,
et même avant le rap-métal, comme en témoignent
les morceaux « I’m the man » en 1987, ou « Bring
the noise » avec Public Enemy en 1991. Bonne humeur en sus.
Pour les Français, Anthrax sont ceux qui ont rendu hommage
à Trust, en reprenant « Antisocial »et «
Les Sectes ». Mais la gloire des années 80, quand Anthrax
tirait la bourre aux Metallica et Slayer, est restée en route.
Le groupe est surtout connu hors du cercle métal… grâce
à CNN. Il y a un an, en pleine psychose des attentats à
la lettre piégée au virus de la maladie du charbon
-« anthrax » en anglais- son site internet annonce pour
rire un changement de nom en Basket Full of Puppies (littéralement
: panier plein de chiots). La télé reprend l’info
sans l’ombre d’un second degré, puis des médias du
monde entier.
Les trois dernières galettes du combo toujours emmené
par Scott Ian (guitare rythmique) et Charlie Benante (batterie),
pondues avec le nouveau chanteur John Bush, sont décrites
par ceux-ci comme leurs plus agressives. Elles sont surtout extrêmement
intenses, avec des refrains puissants.
« Un groupe qui a la rage et la classe », résumait
parfaitement Fred Burlet à propos de « Stomp 442 »,
en 1995, dans le mensuel Hard’n’Heavy. « Quelle débauche
d’énergie ! Quelle force ! Quelle maturité »,
s’extasiait Henry Dumatray dans Hard Force à la même
époque. « Volume 8 : the threat is real » (1998)
a ajouté dans la démonstration d’un groupe en ascension
libre vers les sommets de son art.
Comme Motörhead, Anthrax est réputé pour donner
le meilleur sur scène. Celle du Zénith permettra sans
doute de découvrir des titres de « We’ve come for you
all » en avant-première. On espère les New-yorkais
furieux de gnack. Leur label s’est cassé la gueule juste
à la sortie de l’album précédent, son successeur
prend du retard, Rob Caggiano a remplacé Paul Crook à
la guitare solo… ils sont attendus au tournant.
Pour les hardos et les métalleux, ce sera une grand’ messe.
Pour les profanes, c’est une occasion en béton de découvrir
la frange du rock « on n’est pas contents mais plutôt
que de tuer quelqu’un on va faire de la musique et s’exploser ensemble
». Et puis, au rythme où disparaissent les légendes
depuis le début de l’année (Joey Ramone des Ramones,
auquel Motörhead rend d’ailleurs hommage au cours de son set
; le bassiste des Who, John Entwistle ; Chuck Schuldiner de Death
; on en passe et des plus décomposés), il vaut mieux
aller transpirer dans la fosse avant qu’elle devienne commune au
sens propre.
Sélection discographique Motörhead :
« Bomber » (1979) : déjà hard mais
encore bluesy.
« Overkill » (1979) : en un mot ? Explosion…
« No sleep ‘til Hammersmith » (1981) : pour goûter
l’énergie live du groupe.
« Sacrifice » (1995) : une sorte de renaissance.
Sélection discographique Anthrax :
« Among the living » (1987) : le disque qui lance
vraiment Anthrax.
« Sound of white noise » (1993) : John Bush, nouveau
chanteur, permet au groupe de passer un cap. Plus de puissance mais
plus de mélodie.
« Stomp 442 » (1995) et « Volume 8 : the threat
is real » (1998) sont difficiles à départager
: agressifs mais accessibles, profonds. Du très, très
grand Anthrax.
Sites :
www.anthrax.com
www.imotorhead.com