Michaël McDonald : Motown
(AZ / Universal)
Les amateurs de vraie soul music ont élevé la
marque "Motown" au rang de mythe. En effet, pendant des
décennies, cette maison de disque américaine a vu
naître quantités d'artistes de renom. De Stevie Wonder
au Jackson 5, en passant par Diana Ross, Marvin Gaye, The Temptations…
Tous ont fait la gloire de la firme Tamla-Motown, et il n'existe
personne qui n'ait jamais fredonné un hit provenant de cette
"écurie" de stars.
Parmi les fans de soul, nous retrouvons Michaël
McDonald. Après un passage dans les groupes Steely Dan
et Doobies Brothers, et après avoir interprété,
en solo ou en duo, des chefs d'œuvre tels que "I keep forgetting",
"Sweet Freedom", "On my own" avec
Patti LaBelle ou "Ya mo be there" avec James Ingram,
une des voix les plus caractéristiques de l'Amérique
profonde revient vers ses racines : la soul.
"Comme beaucoup de gens, j’ai grandi dans l’espace-temps
Motown," explique-t-il. "La musique de Motown était
une chose vers laquelle je gravitais lorsque j’étais gamin,
comme le faisaient la plupart des jeunes en Amérique. Les
albums "Super Hits" de Marvin Gaye [1970] et "Diana
& Marvin" [1973] sont tout simplement des disques que j’ai
écouté des milliers de fois. C’était à
une époque où j’avais du temps libre, en tant que
musicien vivant en Californie, je pense que j’écoutais alors
encore plus de Motown qu’auparavant, lorsque j’étais chez
moi, à St Louis. Lorsque j’étais seul, les albums
de Stevie Wonder, "Music Of My Mind", "Talking Book"
et "Songs In The Key Of Life" étaient toujours
sur ma platine."
Il connaît le défi que représentent ces chansons
exceptionnelles, l’héritage qui les accompagne, le respect
qu’elles demandent. "J’ai du me forcer, dans certains cas,
pour ne pas imiter les voix d’origine, parce qu’elles sont gravées
dans mon cerveau, comme la mélodie," confesse-t-il.
"Et donc, je me suis retrouvé dans certains cas à
marcher sur une corde raide, essayant d’être fidèle
à ce que je pensais que les chansons étaient en raison
de ces vocaux, et essayant en même temps de ne pas simplement
enregistrer un album où l’on imiterait des disques qui ont
déjà été faits. Pour un grand nombre
de gens dans le monde entier, il s’agit presque d’événements
historiques."
Tout le monde pense être capable de chanter les chansons
de la Tamla Motown, et soyons francs, presque tout le monde l’a
fait. Mais peu de chanteurs ont atteint la perfection qui rejaillit
de cet album. "Motown" respire l'authenticité.
Quoi de plus naturel, Michaël McDonald ayant baigné
dans cette atmosphère "soulesque" durant toute
son enfance.
Mais malgré tout, Michaël a utilisé tout son
art pour arriver à un disque original. L'originalité
venant du fait qu'il ne fait pas simplement des "covers"
insipides. Il s'approprie les chansons, en réussissant le
tour de force de rester fidèle à l'original en y apportant
sa touche personnelle.
L'album s'ouvre, presque naturellement, par le hit de Marvin
Gaye, "I Heard It Through the Grapevine". On comprend
immédiatement à qui on à affaires. La voix
est chaude, timide et assurée. Le timbre est reconnaissable
entre mille. Entre parenthèses, c'est un des plus beaux hommages
à Marvin que j'ai entendu.
La voix sait se faire douce, comme sur "You are everything",
"I'm gonna make you love me" et "Since
I lost my baby", ou funky au possible comme sur "Ain't
no mountain high enough" et "I believe",
aux accents gospel, ou "Sign, sealed, delivered",
un des hits de Stevie Wonder. D'ailleurs, comme vous pouvez vos
en doutez avec McDonald, cet hommage à la période
Motown est, en fait, un hommage appuyé à son mentor
: Stevie Wonder, avec pas moins de 4 reprises dans l'album.
Mention spéciale pour "All in love is fair".
Ah, il sait chanter, le bougre ! Quelle voix, quelle émotion
! Je craque.
Dernière précision d'importance. Les premières
ébauches des morceaux ont été enregistrées
à Londres, avec des overdubs réalisés ensuite
à Nashville, la ville adoptive de Michael, mais la majorité
des voix ont été faites à Nice, dans le sud
de la France, où vit Climie, le producteur de l'album. "C’est
un endroit tout simplement superbe, j’en suis tombé amoureux.
Les morceaux de départ étaient programmés,
comme des esquisses de ce qu’ils allaient devenir, mais je voulais
leur amener un feeling live, et nous avons donc rajouté des
orgues, des basses et des vraies batteries sur tous les titres.
Nous avions la possibilité d’expérimenter avec les
tempos et les tonalités, et de réellement définir
ce qui fait que les disques originaux fonctionnent si bien."
En définitive, un magnifique album, rempli d'émotion
et de belles chansons. Un must que tout amateur de soul digne de
ce nom doit posséder.
1. I Heard It Through the Grapevine
2. You Are Everything
3. Sign, Sealed, Delivered I'm Yours
4. I'm Gonna Make You Love Me
5. Ain't Nothing Like the Real Thing
6. Reflections
7. How Sweet It Is (To Be Loved by You)
8. Ain't No Mountain High Enough
9. All in Love Is Fair
10. I Want You
11. Distant Lover
12. I Believe (When I Fall in Love It Will Be Forever)
13. Since I Lost My Baby
14. Too High