MATMATAH : QUE J’AIME TES VOLUTES VERBALES.
Matmatah est géographiquement situé
en Tunisie, est musicalement un groupe de rock aux élans
celtiques et révolutionnaires. Pauvres nostalgiques de l’alternatif,
nous tournions en rond, pleurant le silence de Noir Désir,
désespérant de trouver sur les ondes quelque chose
qui se lise, s’écoute et se danse. Et puis, « Lambé
an dro » stimula nos neurones, réveilla nos cellules
jusqu’ici condamnées à se taire, nous entraîna
à clamer une cause pervertie : celle de la démocratie.
« Lambé an dro » se présente comme
une promotion des activités non moins culturelles d’une commune
des plus actuelles : « Si aux exams, tu t’es planté,
viens donc faire un tour à Lambé ; si dans l’bus tu
t’es fait chopé, viens donc faire un tour à Lambé…
». On pourrait aussi prendre une position analytique
et affirmer que « Lambé » met en scène
la jeunesse et ses préoccupations journalières : l’hypothèse
de l’échec, l’exclusion, le conflit des générations…Bref,
« Lambé » est surtout née du désir
de nous faire danser sur la liberté de ne pas être
nécessairement politiquement et socialement correct : oublions
un peu la norme souveraine castratrice, pour nous tourner à
l’unanimité vers le divertissement.
Cependant, Matmatah ne se limite pas à un
hymne à la joie sur des accords de guitare déchaînés.
Il y a « Apologie », celle que l’on condamne pour avoir
justifié le désintérêt de l’Etat à
l’égard d’une drogue qui ne lui rapporte pas. Le texte emploie
un vocabulaire prohibé, un champ lexical dont la fumée
dérange : « pétard », « maroco »…
L’explicite montre du doigt l’illicite ; Les Beatles et leur «
Lucy in the Sky with Diamonds » ont chanté les effets
du L.S.D dans les années 70 ; Bob Marley, et son «
Easy Skanking », déclamait : « Excuse me while
I light my spliff » sur un rythme langoureux ; Serge Gainsbourg
laissait « deux mois de salaire » entre les seins de
« Lola Rastacouère » pour y rouler son «
pauvre joint ». Cela fait donc plus de trente ans que la musique
ne se prive pas d’afficher la transparence, et Matmatah a le mérite
de ne pas embuer ses préférences et de transmettre
les informations que l’on nous cache. Polémique, certes,
et elle nous permet d’entretenir la libre expression, d’aller à
l’encontre de la banalisation d’un totalitarisme normatif.
« La Ouache » est un album multi - ethnique,
animé d’esprit et de créativité. Il est dommage
de ne pas l’écouter plus souvent sur les ondes françaises…
Matmatah a effectué une série de concerts en Suisse
et Belgique, et le 3 Juin, ils seront à Hong-Kong. Nous espérons
leur retour, ainsi qu’un naturel retour des choses.
Karine F.