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MANU CHAO « CLANDESTINO », CARNET
DE BORD
1988 : une bombe révolutionnaire
et alternative, « PATCHANKA », révèle
au grand public ces compagnons de lutte pour le mélange des
genres et des peaux, la MANO NEGRA. Manu Chao chante les rythmes
les plus déchaînés, sans limite de langue (universelle),
impose ses multiples registres de voix, à la fois douce,
douloureuse et terriblement rock.
1998 : Manu a délaissé pogos et élans
du « Puta’s fever » de la Mano, et nous ramène
d’Amérique du Sud son parcours, son voyage…
Seize titres emprunts de modestie et de simplicité sont
rassemblés sous « Clandestino ». Ils sont tendres,
émotionnels, la plupart en Espagnol, volets d’un livre ouvert
à la découverte d’autres espaces, sous les pas d’un
homme qui observe.
Le titre-phare, « Clandestino », raconte le bruit
qui court sur l’identité que l’on ignore, la censure de l’être
seul par les autres : « Slo voy con mi pena, sola va mi condena,
correr en mi destino para burlar la ley (…) mi vida va prohibida
dice la autoridad (…) ». L’harmonie textuelle et musicale
rend compte du réalisme des souvenirs rencontrés :
boleros et traditions, les sons évoqués sont ceux
de Tijuana et de ses environs. D’ailleurs, « Welcome to Tijuana
» emploie les mêmes maux que ceux de la réalité
: ville de débauche pour les jeunes américains, elle
est synonyme de prostitution, d’alcool et de drogue. Escale dans
la cité des enfers.
« Bongo Bong » et « Je ne t’aime plus »
reprennent le motif du « King of the Bongo » de la Mano.
En effet, Manu est friand de superpositions vocales et musicales.
Mais il ne s’agit pas d’une confusion des sentiments du présent
et du passé : l’œuvre rassemble, et parsème, dans
chacun de ses états, l’appartenance aux siens.
« Clandestino » est donc bel et bien
l’album essentiel à tout explorateur du monde et de ses manifestations.
Karine.F