Iron Maiden : Dance of death
(Capitol / Emi)
Ne laissons pas de place au suspense: le dernier album
du plus grand groupe de heavy-metal est décevant. Pas mauvais,
mais bien loin de ce que l’on peut attendre d’une formation qui
a engendré un nombre de classiques incalculables depuis un
quart de siècle. A qui la faute ? Tout simplement, sans doute,
à l’absence de prise de risques. Iron Maiden a fait du Iron
Maiden, histoire de ne pas dérouter les fans reconquis par
le come-back du chanteur Bruce Dickinson et du guitariste Adrian
Smith lors du précédent album, "Brave new world".
Ce dernier, bien que salué par la critique comme le
retour du vrai Maiden, ne se distinguait déjà pas
par son originalité. Mais il s’agissait avant tout de prouver
que le navire voguait encore et était capable de laisser
la concurrence loin de son étrave. Cette fois, il faut bien
commencer à se poser des questions.
Premier constat: aucun titre ne fait figure d’hymne métallique
et ne restera dans les annales. Alors qu’Iron Maiden, en rythme
de croisière pépère, en pond au minimum une
paire par album.
Deuxième constat: il faut tout de même plusieurs
écoutes pour commencer à accrocher sur certains titres.
Mais, troisième constat: on s’en lasse relativement vite.
Quatrième constat: s’il démarre honorablement,
Dance of death peine sur la longueur, affligé notamment
d’un ventre-mou vraiment pas à la hauteur.
Quoique, cinquième constat, le savoir-faire et l’expérience
du sextet lui permet d’éviter le naufrage et, même,
de surfer avec habileté sur son propre héritage. C’est
bien le moins quand on compte dans ses rangs un chanteur aux capacités
toujours impressionnantes comme Dicksinson, un bassiste virtuose
comme Steve Harris, une triplette de gratteux qui riffent plus vite
que leur ombre, avec chacun sa patte, et un batteur pointu, généreux
et capable d’enrichir un morceau au-delà de la rythmique.
Seulement, cinquième constat-bis, l’ensemble se noie à
certains instants dans l’auto-parodie.
D’où ce sixième et dernier constat (ouf!): intrinsèquement,
cet album vaut dans les 13/20, mais pour Iron Maiden, la moitié.
Wildest dream démarre pourtant les affaires de
façon bien heavy, dans du pur Maiden de tradition. Mais tout
se gâte au refrain, plat comme un hérisson passé
sous un semi-remorque. Le solo de rigueur, une accalmie, une cavalcade
pour finir: rien qui ne puisse dérouter. Mais peut-être
ce morceau passera-t-il mieux en live - c’est d’ailleurs une impression
récurrente tout au long de l’album.
Suit Rainmaker, qui appelle les mêmes critiques.
Un titre assez répétitif, qui enquille les solos (Dave
Murray y fait toujours merveille par sa fluidité). No
more lies débute par une intro cent fois entendue chez
Iron Maiden, à la guitare, suggérant une tension,
une ombre, installant l’ambiance. Le refrain donne plus l’impression
que Dickinson va puiser dans les capacités lyriques de son
organe que d’une véritable recherche mélodique. C’est
d’ailleurs la batterie qui vient l’appuyer lourdement, et qui balance
le feeling plus rageur, repris dans le couplet par la basse, très
en avant (comme toujours chez Maiden). Encore une succession de
solos: pour ça, Maiden n’a jamais été avare
non plus, sauf que ça devient d’un systématisme qui
frise parfois le remplissage. En même temps, quand on possède
trois pointures, pourquoi s’en priver?
Une formule qui tourne en rond
Montségur attaque en force, avec encore un très
beau boulot de Nico McBrain aux baguettes. C’est sans doute l’un
des meilleurs titres. L’osmose entre les membres du groupe est frappante,
ce côté qui tient de la formule chimique aussi difficile
à percer que le secret de la recette du Coca-burp-Cola, comme
si ce n’était pas un groupe mais un seul homme orchestre
qui jouait là. Cependant, cinq minutes et demi, pour un titre
efficace mais peu original, c’est deux de trop.
On se dit, quand arrive Dance of death, que le morceau
titre va forcément arracher. Des cris de désespoir,
peut-être… Car enfin, tout cela est loin d’être indigne
mais si Maiden voulait bien arrêter cinq minutes de faire
du Maiden à tout prix, tout le monde s’en porterait mieux.
Bref, trois minutes plutôt narrative, sur un tempo léger,
qui laissent entrevoir la facette prog’ du groupe, avant de lancer
une charge emphatique. Hélas plombée par un riff qui
tourne en rond. Huit minutes et demi? Trois de trop…
Les choses déclinent vraiment avec les deux titres suivant,
Gates of tomorrow et New frontier. Un brin plus hard
dans l’esprit mais totalement quelconques. Même les solos
ont l’air de s’ennuyer, tandis que la voix de Dickinson, si elle
semble toujours catalyser d’aigus vents d’orage, ne trouver pas
la matière à renverser quoi que ce soit.
Paschandale, qui culmine aussi à huit minutes et
demi, offre un côté plus orchestral, voire théâtral,
qui met en valeur les ruptures de rythme. Mais ces velléités
ne sont pas poussées plus loin. Sans doute l’exemple le plus
frappant de cet album, qui a l’air de se contenter d’une bonne idée
par titre et de l’enrober pour le reste avec le talent d’exécution.
Face in the sand souffre en revanche d’un défaut
majeur: un martèlement continu de quatre minutes proprement
abrutissant. Heureusement, le refrain est pour une fois… un vrai
refrain.
Sur Age of innocence, on en vient vraiment à se
poser la question: ils sont au turbin ou quoi? Rien ne se dégage
du couplet et le refrain a des allures de couplet. Amusant, cependant,
cet arrière-goût, que procure parfois la batterie,
de heavy allemand. Traduisez : qui ne connaît pas l’essence
sans plomb. Sauf que les six minutes flirtent au final avec la panne
sèche.
Journeyman conclue Dance of death de façon
décalée. Une intro light, soutenue par un clavier
inaugure ce morceau qui développe une ambiance un rien mélancolique,
mise en valeur par la voix de Bruce Dickinson, et son timbre retors,
qui peut effleurer en laissant sous-entendre les enfers. Ce titre,
bien que pas heavy pour deux perfectos, laisse entendre, comme Paschendale,
qu’Iron Maiden pourrait nous faire ressentir bien plus. Si le groupe
consentait à sortir des chemins qu’il a lui même tracés,
et qui sont devenus des autoroutes. Surtout que, vu la durée
moyenne des morceaux, on aurait pu s’attendre à une virée
du côté plus progressif et expérimental de Powerslave.
Cette chronique peut sembler bien sévère. Si elle
l’est, croyez-moi, ce n’est pas de gaieté de cœur, tant j’ai
pu headbanguer sur du Maiden et écouter tous leurs albums.
Heureusement, on connaît la capacité du groupe à
rebondir. Combien étaient prêts à les enterrer
après No prayer for the dying? Cela n’a pas empêché
ensuite Fear of the dark de squatter les enceintes de tous
les métalleux.
Et cela n’empêchera pas Iron Maiden de blinder une nouvelle
fois Bercy ce 22 novembre, avec Helloween en première partie.