Killkenny : Falling (Kosmic Associés
/ Mosaïc)
Un disque de rock, c’est comme une voiture dans un sépulcral
matin d’hiver: soit elle part au quart de tour et le chauffage vous
dégivre illico, soit il faut masturber le starter et on arrive
à sa destination avec un sentiment de profonde compréhension
pour les antarctiques pingouins. Killkenny, repéré
lors de la 3 ème édition des Talents du Sud, série
de concerts organisée par A Capella pendant le Midem, révèle
un moteur qui pète le feu.
Déjà, mes oreilles avaient un a priori positif,
avec un nom pareil. Ils ne l’usurpent pas. Ça mousse, ça
a du caractère et ça désaltère en même
temps.
Leur bio cite comme références Weezer, Blink 182,
les Ramones, les Beatles et Nofx. Si on veut. J’ai avant tout pensé
à la pop-rock nerveuse et émotionnelle de Cry Babies.
Mais vous pouvez ajouter une liste aussi longue que serait, ô
joie, l’agonie de Georges W. s’il venait à manger de la cervelle,
façon Bernard Loiseau (ça le changerait des bretzels):
$heriff, Thugs, Soucoupes Violentes, Mano Negra (sur l’intro de
Okazou )…
Malgré un schéma classique couplet-refrain, qui
ne fera pas entrer Killkenny au Guinness comme recordman de l’originalité,
les morceaux évitent la linéarité. Pas le temps
de s’ennuyer. Sur douze titres, deux seulement dépassent
trois minutes. Pour le fade-out, la maison ne fait pas crédit.
Surtout, Killkenny, sans complexe d’être encore en rodage,
retranscrit sur ce cd un plaisir de jouer évident, donc communicatif.
Une qualité, dans un monde de productions léchées,
ce dont on est loin ici, qui devient trop rare.
Gueule de tube
Les refrains sont à reprendre dans un pub, avec des mélodies
qui ne manquent ni de finesse, ni d’efficacité. Même
si le chant sent un peu l’accent français. Les chœurs sont
judicieusement utilisés, sans réinventer l’Art. Les
guitares taillent de fines tranches dans le lard, sans réécrire
l’Histoire. Les rythmes ne mégotent pas, mais évitent
le tchac-poum répétitif. Et de petites sonorités
de claviers ( Okazou, Joe Black, Captain Bloom ) aèrent
le tout de façon intelligemment décalée.
Qu’est-ce qui caractérise un bon morceau ? Tentais-je
de définir il y a peu chez un pote. Lumineux et lapidaire,
il me répondit: c’est quand, une fois terminé, tu
as envie qu’il recommence. Voilà bien ce que sert Killkenny.
Plusieurs titres ont le potentiel pour squatter les ondes d’une
radio rock.
Les deux premiers, Falling et I Put A Spell On You,
n’ont pas moins une gueule de tube que l’emballage de ma pâte
à dentifrice. Tout comme le troisième, Miniwini
, qui calme un peu le tempo, ou Unsociable , avec son
petit côté Bad Religion (époque Stranger
Than Fiction ) léché et agressif. Pour tout dire,
cet album est assez réjouissant pour que je sois sûr
de me le repasser, à l’avenir, bien plus souvent que nombre
de disques de groupes bien établis sur le marché de
la rondelle et sur les étagères de mon salon.
Je ne doute pas que Killkenny se goûte mieux encore en
concert. Ils ont déjà assuré des premières
parties de Dolly, de l’Orchestre National de Barbès, des
100% Collègues, de Chris Spedding et de Nine Below Zéro
Alors vite, qu’ils partent en tournée. Générale,
si possible.
Site officiel :
www.killkenny.info
(pas top, dommage…)