Kenny Garrett - Standard Of Langage (Warner
Jazz)
Les saxophonistes ont le vent en poupe ces derniers
temps. Surtout depuis la sortie de l’album de Chris Potter qui en
a fait chavirer plus d’un. Ce contexte favorable permet à
d’autres de profiter de l’occasion. Des nouveaux, bien sûr,
mais également des pointures. Si Kenny Garrett n’est pas
une star du jazz, il ne possède pas moins une biographie
éloquente.
Lorsque le trompettiste Freddie Hubbard le découvre, le
jeune Kenny est peu connu du grand public et des amateurs de jazz,
malgré sa place au sein des Jazz Messengers d’Art Blakey.
Cela ne va pas durer très longtemps puisqu’il rejoint l’illustre
Duke Ellington Orchestra alors mené par Mercer Ellington.
Profitant de cette notoriété montante, il enregistre
son premier disque en tant que leader. La période la plus
marquante pour le musicien a sans doute été celle
effectuée aux côtés de Miles Davis, ayant le
privilège de faire partie de sa formation avant la disparition
de l’étoile.
Tout cela contribue à former une forte personnalité
qui n’a rien à envier à ses contemporains. Car s’il
s’est fourvoyé dans des expériences commerciales d’un
goût parfois douteux (quel musicien de jazz peut prétendre
y avoir totalement échappé dans les années
80 ?), Kenny Garrett a toujours su redresser la barre pour nous
emporter dans des sphères relativement inconnues. Les amateurs
se souviendront peut-être d’un concert à Juan avec
Pat Metheny comme invité.
« Standard Of Langage » est un album qui s’inscrit
totalement dans la veine de ce que l’on peut entendre ces temps-ci.
Le premier titre excepté, tous les morceaux sont effectivement
des compositions originales. Ces dernières ne vont certes
pas révolutionner le genre tant on a du mal à être
réellement surpris par les harmonies et les mélodies.
On le sera davantage par l’homogénéité de l’ensemble
conduit par le saxophoniste qui, s’il prend parfois des chemins
de traverse, rejoint immanquablement la voie principale.
Certains risquent de rester sur leur faim, surtout après
le départ en trombe que constitue « What Is This Thing
Called Love ? », fraîche et énergique reprise
du standard de Cole Porter. Côté collaboration et musiciens,
la présence de Marcus Miller à la production pouvant
laisser présager le pire au regard des dernières compositions
du bassiste, se traduit finalement par une prise de son précise
sans être agressive. Le choix des musiciens est lui aussi
judicieux, même si la sauce ne prend pas sur tous les titres.
On citera en heureux exemple « Gendai », tortueux à
souhait. On oubliera cependant vite le convenu et vide « Native
Tongue », morceau qui confirme que le talent du saxophoniste
peut se perdre quand il s’agit de vouloir être dans l’air
du temps à tout prix.
De cet album, on peut au final retenir une rigueur qui ne faillit
presque pas, et cela du début à la fin. La formation
parvient cependant à véritablement se lâcher
(et M. Garrett le premier, faisant crier et gémir son instrument)
sur le dernier titre, triptyque de onze minutes pendant lesquelles
sont résumées toutes les idées lancées
au détour d’un solo ou d’un thème. Si « Standard
Of Langage » n’est pas un futur album culte, sa qualité
mérite vraiment le détour.
Site officiel : http://www.kennygarrett.com