Katerine : 8 ème ciel (Rosebud /
Barclay)
Le meilleur album français de l’année
vient de sortir, et personne n’est au courant. Cela faisait des
mois qu’on hésitait entre différents albums, et bien
non, le meilleur album français de l’année s’appelle
8ème ciel , et c’est le cinquième album de
Katerine.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, il faut rappeler le parcours
de ce vendéen qui entre différents boulots s’est acheté
un magnéto 4 pistes, a sorti un premier album en 1991 («
Les mariages chinois »), a fait chanté sa sœur Bruno
sur son deuxième album (« L’éducation anglaise
») et s’est imposé en 1996 avec « Mes mauvaises
fréquentations », qui en plein boum easy-listening,
a fait de ce dandy à la voix traînante et lascive un
digne héritier de Gainsbourg.
Puis Katerine décide de ne pas continuer sur cette lancée
: en 1999, il sort un album très personnel accompagné
des Recyclers, un groupe de jazz expérimental. Fini l’atmosphère
sixties (entre Nouvelle Vague et Austin Powers), il y a dans ce
double album « Les créatures » et « L’homme
à trois mains » un univers unique et iconoclaste affirmé.
Entre 1999 et 2002, Philippe Katerine ne reste pas cloîtré
dans une boîte lounge parisienne, à siroter un cocktail
arc-en-ciel. Il écrit un album pour son actrice préférée,
Anna Karina (« Une histoire d’amour »), icône
de la Nouvelle Vague, et un autre pour sa compagne Helena Noguerra,
« Azul ».
En ce début d’automne arrive dans les bacs un album irréprochable
; tout d’abord une pochette sorti des studios M/M, qui se sont occupé
du design des pochettes de Björk depuis plus d’un an.
Du contenant passons au contenu, comme si d’une propriété
privée on nous invitait au salon. Cet album poursuit l’aventure
commencée par Les créatures… : Katerine reprend du
service avec les Recyclers et arrive encore à nous surprendre.
Précisons quelque chose : nous sommes ailleurs. Parti
du « 8ème ciel », qui donne son nom à
l’album, nous arrivons 15 morceaux plus tard à « Wallis
et Futuna », cette fois-ci bien sur Terre, mais loin très
loin de notre quotidien. Mêlant rêve et réalité,
les textes sont emprunts d’humour, car la musique n’est pas à
prendre au sérieux (c’est un art mineur, ne l’oublions pas)
; entre chroniques et chansons légères, entre mysticisme
(de sa Vendée, le petit Philippe n’est pas sorti indemne)
et bossa nova, chaque morceau est une ouverture sur un monde qui
nous est inconnu mais que nous côtoyons régulièrement.
Chez lui, nous traversons un jardin métallique, un général
joue à la poupée, et on boit un drink avec la sainte
vierge.
Il fait une magnifique déclaration dans « Où
je vais la nuit », côtoie les plus grands dans «
Barbecue à l’Elysée », transforme la place de
Clichy en île paradisiaque dans « Le soleil suffit ».
Je vous l’ai dit, nous sommes ailleurs.
Au milieu de ce jardin onirique où Katerine nous promène,
se trouve une sorte de cabaret, ou bien de kiosque à musique,
où le Général Fifrelin et Boulette (8ans ½),
nous chantent des chansons aussi stupides que drôles ; c’est
sans doute pour mieux reprendre ce voyage nous conduisant vers Wallis
et Futuna. D’ailleurs, les dernières mesures du morceau,
proche d’un capharnaüm étourdissant, nous fait revenir
à la dure réalité.
Loin, très loin du huitième ciel.
Site officiel : http://katerine.free.fr