Jazz à Juan 2003 - Morceaux choisis
La 43ème édition du légendaire festival
de jazz a débuté le 12 juillet sous un soleil radieux
en proie toutefois aux orages et aux tempêtes sociales. Les
négociations avec les intermittents du spectacle n’étaient
toujours pas terminées une heure avant le début du
premier concert.
Incertain, dans l’expectative, toujours est-il que le festival
compte bien avoir lieu. Amb se devait donc d’y être. Pourquoi
des "morceaux choisis" ? Pour plusieurs raisons : bien
que chaque concert soit unique, certains semblent s’être inscrits
dans une routine annuelle. Rien ne justifie réellement leur
passage, si ce n’est la possibilité de passer quelques jours
agréables sur la Côte. Du talent, ils en ont tous.
On n’en doute pas. Mais on aurait peut-être aimé voir
plus de nouvelles têtes. On se demande par exemple ce que
vient faire Marcus Miller sur scène, vu qu’il n’a rien à
promouvoir et qu’il a une fâcheuse tendance à tourner
en rond depuis quelque temps. Il paraît donc plus intéressant
de jeter un coup d’œil sur ceux qui ont vraiment quelque chose à
dire.
Candy Dulfer / Maceo Parker (samedi 12 juillet)
Ouverture du festival par une soirée funk. L’intention
de rendre le festival populaire est claire. Ce qui l’est également,
c’est l’intention des intermittents du spectacle de se faire entendre.
On ne va pas s’en plaindre, leur combat est légitime. Une
cinquantaine d’artistes couchés devant les portes d’entrée
et autant de CRS prêts à intervenir, tel est le tableau
auquel les spectateurs peuvent assister à dix minutes du
début du concert. L’ambiance est relativement tendue mais
tout se déroule dans le calme. Les intervenants ne bloqueront
pas l’accès comme semblait le craindre Auduoin Rambaud, le
délégué au tourisme de la ville d’Antibes,
lequel ne cachait pas son anxiété derrière
un sourire crispé. L’affrontement n’aura finalement pas lieu.
Une intervention d’une quinzaine de minutes d’une représentante
du mouvement permettra aux artistes de monter sur scène pour
assurer leur show. Le discours fut d’ailleurs applaudi par une grande
majorité du public. Que le gouvernement et le MEDEF se le
disent, l’opinion publique est du côté des artistes.
Ces perturbations n’ont en tout cas en rien affecté la
bonne humeur et l’énergie de Candy Dulfer, phénomène
dans le monde du saxophone. Un joli minois, un jeu sûr et
acéré et une ascendance relativement célèbre
(elle est la fille du sax ténor Hans Dulfer) font se déplacer
badauds et spécialistes, ne serait-ce que par curiosité.
Ses antécédents l’ont fait se balader aux côtés
Van Morrison, Aretha Franklin, Chaka Kahn et Dave Stewart. Qui ne
connaît pas le tubissime « Lily was here » ?
C’est donc remontée à bloc que la belle entame
sa prestation. Elle annonce dès les premières mesures
la tournure musicale du show : un mélange de funk et de variété.
Avec ce que cela comporte d’avantages et d’inconvénients.
L’énergie et l’esprit du funk étaient bien présents,
mariés cependant à des harmonies d’un goût parfois
douteux. Si certains morceaux ont bluffé l’audience, titres
dans lesquels le groupe n’a pas hésité à bousculer
un genre aux harmonies quelque peu statiques, d’autres étaient
en revanche plus enclins à provoquer l’hilarité que
le respect. On pense encore, la larme à l’œil, à une
reprise du « Could you be love » de Bob Marley qui aurait
sans nul doute eu sa place dans un récital du regretté
Barry White. Et lorsque Miss Dulfer demande aux spectateurs de scander
en rap "John-Col-trane" sur une rythmique funk-disco,
on reste sans voix. Pourquoi ce pauvre Coltrane ? Tout simplement
parce qu’il s’agit d’une reprise d’ « Impressions »…
Tout cela mis à part, on ne peut enlever à cette
saxophoniste un professionnalisme et une bonne humeur à toute
épreuve, balayant tout sur son passage, pour peu que l’on
aime la variété. Le public a, de toute façon,
été conquis. C’est tout ce qui compte.
Quant à la prestation de Maceo Parker, quelques mots suffiront
pour qualifier sa prestation, c’est-à-dire identique à
l’an dernier. Pas un arrière-train n’a résisté
au groove dévastateur d’une formation qui n’a pas bougé
d’un pouce depuis la dernière fois. Pour ceux qui veulent
en savoir plus, reportez-vous à l’article de l’édition
précédente. Rien de nouveau sous le soleil, mais qu’importe…
Le festival a débuté sur les chapeaux de roue !
La suite la semaine prochaine….
Site officiel : http://www.antibesjuanlespins.com