Hypocrisy : The Arrival (Nuclear Blast)
[La mort vous va si bien, chapitre 3] Attention,
gros bras! Hypocrisy, ce sont certes trois types qui jouent une
musique à rendre timide un mur en béton armé,
mais aussi un leader, Peter Tägtgren, qui affiche un CV discographique
long comme le bras qui se détend pour vous mettre un amical
pain dans la gueule.
Résumons: non content de mener de front les groupes Hypocrisy,
formation culte du death-métal depuis une décennie,
et Pain, Peter Tägtgren s’est taillée une réputation
de maître des forges comme producteur. Ses réalisations
sont une espèce de best-of du métal extrême
et/ou underground… dont certains représentant sont sortis
en partie grâce à lui. Citons Children of Bodom, Immortal,
Borknagar, Dimmu Borgir… Bref, Tägtgren est respecté
de tout métalleux qui… se respecte.
Il serait pourtant risqué de juger d’utilité publique
n’importe quel disque de ses propres groupes sur la seule foi de
ce CV. Puisque leur écoute suffit à se convaincre
que, décidément, le bonhomme est aussi doué
derrière une console et des boutons que la guitare en main
et le micro devant la bouche. Il y a des types comme ça,
genre touche-à-tout, qui ne peuvent pas s’empêcher
de faire des miracles partout où ils posent les pieds, et
cela sans même avoir l’air de s’en rendre compte.
Hypocrisy propose ainsi un death-métal assez traditionnel,
mais qui a intégré toutes les évolutions du
genre (mélodies, voix doublées) ainsi qu’un peu de
trash pour favoriser le pogo.
Le groupe se montre aussi à l’aide dans les passages à
fond la caisse que dans des mid-tempo lourds, comme sur «The
Abyss» qui, après une longue intro, introduit un tempo
lent, un gros riff qui tache au-delà de tout ce qu’une armée
de lessiviers peut espérer décrasser, une frappe de
batterie aussi lourde qu’une blague de Jean-Marie Bigard, avant
qu’une voix ténébreuse fasse le lit rouillé
d’un refrain lancinant.
Les harmonies et les breaks rythmiques signalent un véritable
travail de composition. A tel point que Hypocrisy créé
un death-métal fredonnable. Croyez-moi, parmi les die-hards
du genre, on en a crucifié pour moins que ça, façon
Mel Gibson sans les trucages.
Hyporcisy joue avec modération des accélérations
bourrines mais sait les placer efficacement. Le refrain en forme
de plainte de «The Departure» est ainsi tétanisé
par une double-pédale discrète.
En combinant le côté horrifique, criard, bref, traditionnel
du death-métal et des compositions accrocheuses aux structures
diversifiées (on en quand moins de l’expérimental!),
Hypocrisy, en neuf titres et 40 minutes, parvient à ne jamais
lasser l’auditeur… que l’on préviendra tout de même.
On n’entre pas dans le death-métal d’Hypocrisy en frappant
négligemment à la porte. Une certaine habitude des
musiques agressives est nécessaire. Mais ceux que rebute
le chant habituel du death-métal et les blast-beats continuels
devraient trouver ici un passage secret vers les terres hostiles.
Ecoutez donc «Slave to the parasites», titre phare de
l’album, qui cache sous des airs musculeux des trésors de
finesse et un refrain killer.
Outre Tägtgren (chant, guitares, claviers), il faut aussi
signaler l’excellent boulot de Mikael Hedlund (basse) et de Lars
Szöke (batterie), qui ne sont pas là pour jouer les
faire-valoir du premier cité. On a bien affaire à
un groupe, soudé, carré, dont la production (cosignée
par Tägtgren et Hedlund) met un ensemble en valeur, et non
des individualités.
Pour l’anecdote, Dan Swanö s’est attelé à
une bonne partie des paroles, très orientées aliens
et science-fiction. Lequel Dan Swanö est un peu l’alter-ego
de Tägtgren, cumulant lui aussi des talents de producteur plus
que reconnus et la participation à plusieurs groupes ou projets,
au chant ou à la batterie, tels Edge of Sanity, Bloodbath,
ou encore Nightingale.
Pour les durs de la feuille (qui auraient trop écouté
de death à volume déraisonnable…), on résumera
ainsi: «The Arrival» est l’album d’un très bon
groupe, qui défouraille avec intelligence… pour des auditeurs
avertis.
www.hypocrisy.tv
www.nuclearblast.com
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