Gershwin : le rêve américain…
Bientôt soixante-quatre ans que George
Gershwin a quitté ce monde : pourtant les amateurs de sa
musique ne l’auront jamais senti aussi proche d’eux qu’en ce moment.
Est-ce dû à cet artificiel goût de « revenez-y
» qui fait rage aujourd’hui, ou bien à l’enlisement
de la production américaine dans des préformatés
douteux et vides de sens et d’expressivité ? Peut-être
les deux…
Le fait est en tout cas que la musique de Gershwin
recèle tant de bons éléments, issus tout à
la fois du monde de la musique ‘savante’ et des musiques ‘populaires’,
qu’elle connut et connaît toujours un immense succès.
Gershwin, c’est l’alliance de la musique ‘classique’ et du Jazz,
des sonorités à la française et des rythmiques
noires-américaines ou cubaines ; c’est un génie pour
la mélodie à la fois belle et simple, qui se retient
dès la première écoute, et pour des harmonies
subtiles mais qui coulent de source ;
c’est, avec son frère Ira, un amour du texte
qui les poussera tous deux à coécrire quelques
cinq-cents « songs », dont beaucoup deviendront des
standards, comme « I got Rhythm », « The Man I
Love » ou « Someone To Watch Over Me ».
Gershwin, c’est aussi une fascination pour le piano : cancre à
l’école et bagarreur comme pas deux, le petit George se prendra
d’affection pour l’instrument acheté à l’origine pour
son aîné Ira mais par lui délaissé. Il
jouera tant et tant, devenant démonstrateur puis vendeur
de chansons, que la clavier n’aura plus de secrets pour lui. Cet
amour du piano aboutira aux inénarrables « Rhapsody
in Blue » (1924) et « Concerto en "Fa" »
(1925).
Le compositeur, dont le succès populaire fut immense, connaîtra
également l’estime des amateurs de ‘classique’ lorsque la
première à la Scala de Milan de son opéra «
Porgy an Bess » (1935) suscitera huit rappels d’un public
électrisé par la puissance de l’œuvre…
Gershwin vit encore : symbole de l’Amérique
de l’entre deux guerres, ce n’est pas pour rien si un certain Woody
Allen fera maintes fois appel à ses musiques, dans son fameux
« Manhattan » (1978) notamment, ou dans son plus récent
« Tout le monde dit "I Love You" ».
Pour le quatre-vingtième anniversaire de l’harmoniciste de
Jazz Larry Adler, qui connut très bien Gerswin, George Martin
(célèbre pour avoir été le producteur
des Beatles) a même réuni des artistes aussi célèbres
que Sting, Cher, Elton John, Sinead O’Connor, Bon Jovi, Peter Gabriel
et bien d’autres, en leur proposant des reprises des standards du
compositeur : le résultat est fascinant de beauté
et de fraîcheur, tant on dirait que ces chansons ont été
composées pour ces musiciens-là…
Plus récemment, le jeune mais très célèbre
pianiste classique turque Fasil Say a repris plusieurs des plus
fameuses pièces pour piano de Gershwin, leur insufflant une
fois de plus quelque chose de nouveau et de captivant.
C’est ça aussi, Gershwin : une musique tellement
honnête, inspirée et spontanée qu’elle n’est
pas vraiment faite pour être jouée telle qu’elle est
écrite, mais pour devenir propriété de l’interprète
; on dirait qu’elle incite le musicien à la recréer
à chaque performance.
Un mystère qui reste irrésolu, pour le plus grand
plaisir de tous…
Jean-Marc . F