Gilberto Gil : Kaya N’Gan Daya vs. Best
Of 2002
(Warner Jazz)
Il est l’une des figures les plus marquantes de la musique
brésilienne depuis maintenant une quarantaine d’années
: Gilberto Gil nous offre deux albums qui s’affrontent dans un combat
inégal. Le premier, Kaya N’Gan Daya, est un
hommage de seize reprises au grand Bob Marley ; le second est un
Best Of des dix-huit meilleurs titres de l’auteur-compositeur-interprète
brésilien. Ainsi, l’on a, face à ce que l’on pourrait
appeler une "curiosité", tout ce que Gil a pu écrire
et chanter de plus beau : pas évident l’exercice de la reprise,
surtout quand on a mis la barre très haut par sa propre production…
Gilberto Passos Gil Moreira est né le 26 juin 1942 à
Salvador, au Brésil, dans la province de Bahia. C’est très
jeune qu’il manifeste ses dons et envies
musicaux : les sonorités de la formation locale de la petite
ville d’Ituaçu, l’accordéoniste Cinézio et
les chanteurs-guitaristes des rues amènent le petit Gilberto,
dès ses trois ans, à exprimer le désir de devenir
musicien. Il écoute avec avidité les hits diffusés
sur les stations de Rio de Janeiro, et s’imprègne de cette
musique qu’il saura plus tard si bien réinventer.
En 1952, âgé de 10 ans, Gilberto est envoyé
à Salvador avec sa sœur pour continuer leur scolarité
: il entre au "Colégio dos Irmãos Maristas"
et, la même année, s’inscrit à l’académie
d’accordéon. Il commence à cet âge d’être
fasciné par les nouveaux styles musicaux qui ont cours à
Rio, et par les sonorités du Jazz, toutes nouvelles pour
lui. Quelques années plus tard, à dix-huit ans, il
monte avec des amis une formation dans laquelle il tient l’accordéon
et le vibraphone.
C’est la fin des années 50, et bien que Gilberto soit
tout à fait imprégné des harmonies de la nouvelle
musique, c’est en écoutant l’un des artistes de musique populaire
brésilienne les plus importants que se produit véritablement
le déclic : la Bossa Nova est LA révolution de la
musique brésilienne, et Gil écoute João Gilberto
sur les stations de radio nationales. Le jeune musicien est tellement
impressionné - aussi bien au sens figuré qu’au sens
étymologique - par João Gilberto qu’il décide
d’abandonner l’accordéon pour la guitare.
Ainsi, dès le début des années 60, Gilberto
s’est déjà attelé à ses propres compositions
: à cette période de sa vie, il écrit également
des jingles et chante sur les chaînes de télévision
locales, tout en étudiant les sciences économiques
et l’administration à l’Université de Bahia, en vue
de devenir cadre directeur d’entreprise... En 1962, sa première
chanson à être enregistrée est " Bem Devagar
" (" Très Lentement ") et l’année
suivante, il enregistre un "quatre-titres" avant l’heure
: Gilberto Gil - sua música, sua interpretação
(Gilberto Gil - sa musique, son interprétation).
À São Paulo, Gil profite des soirées pour
fréquenter les clubs, et il y rencontre d’autres artistes,
comme notamment Chico Buarque, au João Sebastião Bar.
On est en 1965 : Gilberto ne va pas tarder à lâcher
définitivement ses activités administratives et financières…
Il sort un premier single, " Procissão " ("
Procession ") chez RCA, alors l’une des plus grosses
maisons de disques, puis un second, " Roda ". La
reconnaissance ne se fait pas tarder, et Gilberto Gil devient le
nouveau grand compositeur de musique populaire brésilienne
: après un contrat signé chez Philips pour un album,
Gil, fort de son succès, abandonne son poste administratif,
bien décidé à vivre de sa musique, et part
s’installer à Rio avec femme et enfants...
Une ascension fulgurante pour un jeune homme d’à peine
25 ans, et un succès public qui ne sera jamais démenti.
C’est un échantillon des titres qui ont propulsé Gil
au sommet qui constitue le Best Of édité
par Warner : des titre aussi célèbres que " Realce
", " Rebento ", " Tode menna baiana " ou
" Palco ", un enchantement pour les oreilles que cette
musique qui va chercher le bonheur au plus profond du cœur de l’auditeur,
même pour les sonorités les plus mélancoliques
de certains titres… Que dire de ces chefs-d’œuvre de la musique
brésilienne ? Pas de mots pour exprimer la vie qu’ils recèlent
ni pour les qualifier, excepté pour préciser qu’en
les réécoutant ou qu’en les découvrant, l’on
comprend on ne peut mieux les raisons du succès de Monsieur
Gilberto Gil…
Et c’est à vrai dire la raison de la petite déception
qui vous saisi quand vous écoutez Kaya N’Gan Daya
: certes, il y a la patte de Gil, il a pris la peine de réécrire
certaines des paroles en portugais, de mettre au point quelques
arrangements nouveaux. Mais, malgré cela, malgré la
qualité de la réalisation, l’on ne peut s’empêcher
de penser : " Ce n’est jamais que de la reprise "… Finalement,
Gil n’apporte rien de vraiment neuf aux titres de Marley, et c’est
justement là la déception. Bref : un petit sentiment
d’ "à quoi bon ?" laisse un goût un peu âcre
après l’écoute de cet album. Peut-être les inconditionnels
de Gil et /ou de Marley le trouveront absolument fabuleux, peut-être
les amateurs éclairés apprécieront la performance,
mais en tous les cas, il n’y a pas photo : c’est le Best Of
qui gagne !
Discographie : on ne fera jamais aussi complet
que la discographie du site officiel !
Site officiel : http://www.gilbertogil.com.br
Merci à Warner Jazz d'avoir permis la rédaction
de cet article…
Jean-Marc F.