Saint Germain des Prés 3 (Wagram)
Le jazz est une musique en perpétuel mouvement.
Depuis ses origines jusqu'à nos jours, elle n'a cessé
d’évoluer, soit en réagissant en contraire par rapport
à un style existant, soit en se mélangeant avec d'autres
styles (on pense dans ces cas-là au Jazz-Rock). C'est peut-être
en pensant à cet état d'esprit que certains producteurs
d'électro se sont tournés vers le métissage.
S'agit-il pour autant de jazz ? Rien n'est moins sûr.
Si on se penche quelques secondes sur le sujet, on s'aperçoit
que l'on se trouve en face de deux cas de figures : soit des musiciens
de jazz qui tentent l'aventure électro, soit des producteurs
qui incluent des sonorités jazzy dans leurs morceaux. Si
la nuance peut sembler anodine pour certains, elle s'avère
fondamentale quand on écoute le résultat. Et, là
encore, on voit deux modèles émerger : des morceaux
très riches harmoniquement mais souffrant d'un choix de sonorités
approximatif pour les premiers, et des titres très bien produits
mais manquant cruellement de la touche nécessaire pour prétendre
à faire du jazz.
Cette entrée en matière peut paraître longue
et académique, mais le problème reste entier, surtout
lorsque certaines compilations telles que "Saint Germain Des
Prés 3 " se présentent comme du Nu Jazz, ou encore
comme de l'Electro Jazz. Beaucoup trop de compilation surfent sur
cette vague depuis le phénomène Saint Germain (qui
fait tout sauf du jazz, à mon humble avis). En gros, on ne
sait plus trop où on va.
Cette compilation se situe en fait entre les deux catégories
citées ci-dessus. La production est bien maîtrisée
sans étouffer l'esprit jazz, puisque la part belle est laissée
aux chorus en tous genres. Il faut dire qu'on retrouve des noms
qui ne sont pas inconnus : Truby Trio, Llorca ou encore Moloko.
Ceci explique peut-être cela. On ne va d'ailleurs pas s'en
plaindre. Les signatures permettent à l'auditeur de s'y retrouver
dans cet océan d'artistes et au label de booster ses ventes.
Tout le monde y gagne… Sauf celui qui a pensé voir le mot
Jazz quelque part. On s'approche de l'esprit avec Crusho et son
"Cool Bavaria", ou encore avec "Un été
à Paris" de Cam, mélangeant samples, scratch
et chorus de guitare, de flûte,… On est quand même loin
des véritables moments magiques que seul le jazz permet de
vivre.
"Saint Germain Des Prés 3 " souffre également
d'un syndrome trop répandu dans les compilations de ce genre
: la baisse de régime du milieu d'album. On pouvait pourtant
s'attendre à une heureuse surprise puisque la playlist annonce
le morceau de Llorca au moment crucial. Le mauvais goût (accompagné
de sa meilleure amie la médiocrité) pointe malgré
tout le bout de son nez avec Briskey et Variety Lab. On remonte
un peu puis on retombe tête première avec Fertile Ground
qui nous livre une soupe réchauffée dont on se serait
bien passé.
De Phazz parvient à tirer son épingle du jeu, de
même que 4Hero, qui rappelle (un peu trop peut-être)
The Brand New Heavies. Le titre de Moloko n'est qu'une reprise ragtime
du hit " Sing It Back ". Pas de quoi fouetter un chat…
Pour résumer, ce disque aurait tiré son épingle
du jeu si les programmateurs avaient maintenu la barre assez haute
du début à la fin, ce qui n'est malheureusement pas
le cas. Les deux morceaux cités précédemment
n'arrivent pas à sauver une seconde partie qui traîne
la patte. Dommage car ce n'est pas avec cela que les amateurs de
jazz vont se tourner vers ces compilations. Mais, après tout,
le but est peut-être de faire croire aux Electro-addicts qu'ils
écoutent du jazz ou d'accorder un certain cachet à
un lieu à la mode. Ce qui tuerait le débat dans l'œuf,
arrangeant par la même occasion tous ceux qui ne tiennent
pas à ce que les consommateurs…Pardon, les auditeurs se posent
trop de questions.