FEAR FACTORY
"DIGIMORTAL"
L'homme face à la machine… Le thème
n'est pas nouveau mais il ne cesse de susciter peurs et interrogations,
notamment au sein de Fear Factory. Le premier album, "Soul
Of A New Machine", apparaissait comme le prologue de ce qui
allait devenir un imposant ouvrage dédié au clivage
opposant l'être humain et la technologie, chaque album suivant
constituant un chapitre développant une facette du problème.
C'est ainsi que son successeur, "Demanufacture", décrivait
un monde dans lequel la machine opprimait et avilissait l'homme.
"Obsolete" était consacré au refus d'une
telle fatalité et contait le combat de la race humaine contre
ce qu'elle avait créé. Le débat n'était
pas clos puisque "Digimortal" nous arrive tout droit de
l'esprit du cyber-groupe. L'homme et la machine ont désormais
fusionné, donnant vie à un être hybride.
Avant toute chose, je voudrais m'insurger contre
les artistes (et par dessus tout ceux que j'apprécie ) qui
ont depuis peu une fâcheuse tendance à nous livrer
des albums n'arrivant pas à dépasser les 50 min, ce
qui me paraît être un minimum pour tout CD digne de
ce nom.. Digimortal ne fait pas exception à la règle,
affichant péniblement 43 minutes et 21 secondes au compteur
de ma chaîne hi-fi. Il serait quand même bon de rappeler
que l'ère du vinyle est révolue et que les 80 minutes
que peut contenir un CD ne demandent qu'à être remplies
! Surtout quand il s'agit d'un groupe capable de produire un album
de cette qualité !
Les hostilités débutent avec un "What
will become" rageur et sans compromis, plus énergique
que jamais. Pas de virage artistique à 180° afin de conquérir
un public plus large. Les quatre digi-mortels nous présentent
ce qu'ils savent faire le mieux, à savoir un métal
précis détruisant tout sur son passage, assénant
de véritables rafales sonores. Il n'est donc pas étonnant
de voir le batteur, Raymond Herrera, crédité en tant
que joueur de "Automatic Rythmic Attacker" ! Cet album
ne surprendra donc pas. Les fans du groupe retrouveront vite leurs
marques (un peu trop vite, peut-être ?). On ne peut cependant
taxer Fear Factory de statisme. En effet, si les changements n'apparaissent
pas à la première écoute, ils n'en sont pas
moins présents. Le son est plus précis et plus percutant
que sur leur précédent opus. Les coups de grosse peuvent
être assimilés à d'énormes coups de massue
parvenant jusqu'à nos tympans, la basse est beaucoup plus
présente et ne se noie pas dans un flot de guitares saturées.
On peut également dire que le concept d'hybride humain/machine
est appliqué à la musique. Les sons synthétiques
sont omniprésents, mais pas superflus. Il s'intègrent
remarquablement à l'ensemble et contribuent grandement à
l'homogénéité de l'album. Beaucoup de sonorités
ne s'offrent d'ailleurs à nos oreilles qu'après plusieurs
écoutes. Les compositions sont toujours aussi travaillées,
même si elles sont plus condensées, ce qui n'est pas
toujours évident à réaliser ( Dave Matthews
devrait prendre des cours auprès du groupe en la matière
).
Cet album tant attendu ne déçoit donc
pas. Un nouveau chapitre est désormais écrit. L'aventure
Fear Factory continue lentement mais sûrement pour notre plus
grand bonheur. Pour les fans frustrés partageant mon avis
concernant la durée de l'album, une magnifique version digipack
contenant quatre titres bonus est disponible, allongeant le plaisir
d'une dizaine de minutes environ. C'est toujours ça !
Site officiel :
http://www.fearfactory.com
Damien P.