Fantômas - Delirium Cordia
Mike Patton, ex-chanteur de Faith No More, a définitivement
trouvé sa voie (et sa voix). Allant de plus en plus loin
dans le concept d’un tout sonore, il semble s’être débarrassé
de toute contrainte, qu’elle soit artistique ou commerciale. Ipeac,
label sur lequel il signe ses méfaits, lui laisse le champ
libre, d’autant plus que Tomahawk, son second groupe, est beaucoup
plus vendable. Fantômas est de retour.
Après un concept-album éponyme composé de
miniatures qui en ont dérouté plus d’un, le groupe
s’était quelque peu formaté en reprenant des thèmes
emprunté au cinéma (d’épouvante pour la plupart
des titres). Toujours aussi déjanté, mais compréhensible
par un public plus large. Fantômas gagne en notoriété,
d’autant plus que ses prestations scéniques valent leur pesant
de cacahuètes.
« Délirium Cordia », quant à
lui, risque d’en laisser plus d’un sur le carreau. Car ce dernier
opus n’est pas un album mais un recueil de « spécimen
sonores chirurgicaux venant du musée de la peau ».
Il suffit de regarder la pochette et de feuilleter le livret pour
comprendre de quoi il s’agit. Des images prises par Max Aguilera
montrant un chirurgien effectuant diverses opérations. Âmes
sensibles, s’abstenir. Rien de neuf pourtant puisque Matmos avait
déjà joué du bistouri pour « A Chance
To Cut Is A Chance To Cure ». La comparaison s’arrête
cependant là.
Tout ce qui a contribué à construire l’univers
fantasmagorique de Fantômas est condensé en une seule
pièce s’écoutant comme on regarde un film. Le groupe
prend l’auditeur au piège en ne lui laissant pas le choix.
C’est cinquante minutes ou rien. Une seule piste sur le disque comme
un défi au monde entier, ce dernier étant condamné
à subir la volonté de quatre musiciens beaucoup plus
provocateurs qu’on pourrait le croire. Si on se méfie la
première fois, on comprend vite et on se laisse faire, comme
sur une table d’opération.
Quid de la musique ? Les musiciens servent le concept
à cent pour-cent. L’imaginaire est sollicité du début
à la fin. On pense pouvoir s’accrocher à un thème
à fredonner par moments. Le temps que l’on s’en rende compte,
il a déjà disparu. Les sons sont disséqués,
torturés. Curieusement, l’ensemble est beaucoup moins violent
que par le passé. On navigue d’ambiances en ambiances. On
se demande finalement si tout cela a un sens. Certains diront que
cette galette n’a ni queue ni tête. D’autres crieront au génie.
Ceux qui restent salueront le courage et la rigueur artistique de
ce groupe qui prouve que la musique est un art vivant. Tout n’a
pas encore été dit et Fantômas nous le démontre.
La musique expérimentale a de beaux jours devant elle.
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