Fantômas - The Director's Cut
Attention, ovni ! Vous êtes en passe
d'entrer dans un monde surréaliste où se mêlent
trash-metal, grind, tango, passo doble et musique contemporaine
! Derrière le nom de Fantômas ne se cache en aucun
cas un projet instigué par l'enfant caché de Jean
Marais et de Louis De Funès. Non. Ce groupe est né
de la rencontre de quatre musiciens aussi fous les uns que les autres
: Mike Patton, ex-chanteur charismatique de Faith No More et actuel
chanteur charismatique de Mr Bungle, Dave Lombardo, ancien batteur
de Slayer, Trevor Dunn, bassiste de Mr Bungle et Buzz Osborne, guitariste
des Melvins.
Leur premier opus sobrement intitulé "Fantômas"
(1999) avaient ravi les fans du chanteur ainsi que les amateurs
de musique déjantée lorgnant sans complexe vers la
très (trop peut-être ?) élitiste musique contemporaine,
le tout étant structuré autour d'une thématique
en relation directe avec les aventures de l'inspecteur Juve. "The
Director's Cut", quant à lui, revisite quelques-uns
uns des plus fameux thèmes du cinéma policier et d'épouvante.
Quinze thèmes musicaux empruntés à
des films aussi divers que "Le Parrain" ou "Rosemary's
Baby" en passant par "The Omen", "Henry : Portrait
of a Serial Killer" ou encore "Twin Peaks : Fire Walks
With Me" constituent cet album hors du commun, extrêmement
dérangeant mais terriblement drôle, et, par conséquent,
inévitablement inclassable. Les thèmes en question
sont torturés, livrés en pâture aux tendances
trasheuses-jazzy-tango-chansons-de-crooner-musique-contemporaine-digne-de-John-Zorn,
mais malgré tout reconnaissables. Mike Patton est, comme
à son habitude, complètement à l'aise dans
son rôle de vocaliste proférant la plupart du temps
de simples onomatopées aussi bien destinés à
vous faire rire qu'à vous glacer le sang (bien que, contrairement
au précédent opus, il chante enfin !) . Le talent
des musiciens permet à la musique de Fantômas de sembler
désordonnée alors que seule une rigueur extrême
permet d'obtenir ces effets chaotiques dignes d'une œuvre d'un Mauricio
Kagel sous acide. L'ironie qui se dégage de cet album témoigne
de l'humour dont peut faire preuve le groupe. Le second degré
se pratique couramment au pays de Fantômas, ce qui n'est pas
pour déplaire (on pourra citer en exemple l'hilarant "Rosemary's
Baby" empreint d'un humour acerbe que l'on assimilera sans
problème au "C'est arrivé près de chez
vous" de l'excellent Benoît Poelvoorde).
Ce disque peut autant être considéré
comme un réel hommage aux musiques de Nino Rota, Henri
Mancini, Ennio Morricone ou de John Barry qu'il peut être
vu comme un projet totalement délirant destiné à
dégourdir nos oreilles quelque peu empâtées
par une surabondance de musique consensuelle et propre sur elle.
Album anti-conformiste et décalé mélangeant
les genres avec brio et humour, "The Director's Cut" s'inscrit
tout à fait dans la lignée du précédent
album, et assure par la même occasion un statut de groupe
proche de devenir culte aux yeux des amateurs éclairés.
Site officiel de la maison de disques :
http://www.ipecac.com
Damien P.