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DEFLORATION 13 THIEFAINE jamais n’abolira
le hasard
Thiéfaine inclassable, peut-être
parce qu’il use des mots sans les élimer, et dans un contexte
qui ne leur est pas propre. Alors quoi, peu idiomatique Thiéfaine
? Je réponds par la négative ; Il génère
un contexte, et sa décomposition. DEFLORATION 13 pourrait
être lue comme les « Chants de Maldoror » par
Breton et ses acolytes surréalistes : une poésie de
circonstance , incantatoire et nocturne,
un au-delà des limites, quelque chose qui nous dépasse.
A voix haute.
A perte de souffle, la réécriture d’un
monde absurde, empoigné par le commerce castrateur…Il faudrait
plus d’une trame romanesque pour raconter à quel point les
textes de Thiéfaine sont à faire perdre la raison
(sociale), et nous poussent vers l’illumination souterraine de nos
esprits d’asphalte. « Quand la banlieue descendra sur la ville
» parle de cette « cour des miracles » qui vagabonde
intra-muros, de ces mêmes murs tagués de lamentations
que l’on efface comme on ferme les yeux sur leurs origines. «
y’a ta bm qui crame sur le trottoir, dis-toi que c’est beau comme
un chœur d’orphelines ».
La superposition chronologique accuse le découpage
du temps, et cette musique d’ascension et de chute parce que nous
ne sommes pas des anges, ni des rêveurs à plein temps.
Dépossédons-nous de tout, sauf de nous-mêmes,
semble nous dire Thiéfaine. Mallarméen, le langage
est ramené à son rythme essentiel : les battements
de chœur, l’alchimie des sons, les attraits du flux et reflux de
paroles qui en disent long sur la fureur de l’instant poétique.
Féerie des temps modernes, DEFLORATION 13
est un long poème électrique qui parle de nos solitudes.
Sans promo criarde, l’album est une prémonition de plus de
la part de Thiéfaine-visionnaire.
Karine.F