Jaleo (Louis Winsberg) / Eddie Palmieri Samedi
26 juillet 2003
Nuits du Sud - Vence (06)
Une programmation emballante pour une soirée
axée jazz : aux Nuits du Sud se produisait Louis Winsberg
et son projet Jaleo, fusion de flamenco, de musiques orientales,
indiennes et de jazz. En seconde partie, carte blanche à
l’immense Eddie Palmieri, pianiste américain d’origine
portoricaine à qui l’on accorde la parenté du latin-jazz.
Louis Winsberg, d’origine gitane, est un de ces compositeurs
dont la musique naît de ses rencontres. Le projet Jaleo rassemble
ainsi des hommes et femmes de milieux et de pays différents
(France, Singapour, Espagne, Guadeloupe…) dans une formation étonnante
et bigarrée. Les instruments peu communs (voir au bas de
l’article) tentent de faire revivre les influences musicales traversées
par les "routes du flamenco" qu’empruntaient les gitans
autrefois, de l’Inde jusqu’à l’Andalousie.
Il en ressort une production étrange, fusion de musiques
orientales, indiennes et andalouses. S’y ajoutent des effets électroniques
et des distorsions qui donnent alternativement des couleurs rock
ou psychédéliques à un style déjà
très épuré.
Si au commencement du concert les musiques à consonances
indiennes ou turques ont la part belle, chaque thème semble
nous rapprocher davantage de l’Espagne : Jaleo joue le rôle
de guide historique dans ce voyage initiatique. Le flamenco, qui
se ressentait simplement comme un esprit, une approche musicale
au début du récital, prend peu à peu forme
pour se matérialiser finalement dans la danse et les chants
frénétiques, soutenus par un caisson omniprésent.
La fin du périple sera marqué par le rassemblement
sur le bord de la scène de l’ensemble du groupe qui, en guise
de remerciements à un public attentif, encouragera ses danseurs
aux sons des claps et des cris.
Ce projet singulier, assez difficile à cerner, est intéressant
et suscite la curiosité de l’auditeur. Le jeu technique,
réfléchi dans ses moindres détails, révèle
une complexité émanant indubitablement de la formation
classique-jazz de Louis Winsberg et de certains de ses acolytes.
En revanche, la musique de Jaleo n’est pas de celles qui transportent,
qui émeuvent à première écoute ou qui
surexcitent. C’est une musique intelligente qui pousse à
la réflexion : une musique d’initiés.
Après plus d’une heure d’entracte, Eddie Palmieri
et son groupe se décident enfin à entrer en scène.
La réputation de l’inventeur du latin-jazz, ancien percussionniste
devenu pianiste, nous promet un concert détonnant. Eddie
Palmieri, surnommé "Rompe Teclas" (le briseur de
touches), fût un grand ami de Tito Puente et, après
la disparition du maître, reste la figure emblématique
du jazz afro-cubain aux côtés de Ray Barreto.
Les premiers accords d’Eddie Palmieri nous dévoilent un
jeu où la main gauche règne en maîtresse, enchaînant
deux ou trois accords en ostinato alors que la main droite improvise
comme elle peut, sur trois quatre notes. Il semblerait que l’inspiration
lui manque, il n’arrive pas à se lancer. En fait, on s’en
rendra compte au fur et à mesure, c’est la technique qui
fait cruellement défaut à un Eddie Palmieri incapable
de s’extraire du format main gauche métronome, main droite
en impro sur un accord. Son interprétation en désaccord
avec l’esprit de chacun de ses morceaux demeure redondante et sans
imagination. Le premier temps hyper accentué scelle définitivement
le caractère répétitif de soi-disant improvisations
aux allures de gammes de débutant. Du coup, Eddie Palmieri
se retrouve dans l’incapacité de développer des thèmes
classiques déjà peu surprenants par nature.
Pourtant, la formation avec laquelle il s’est produit ce soir
était de qualité. Mais sans créativité,
les musiciens deviennent de simples interprètes. Seuls le
flûtiste Eddy Zervignon et, dans une moindre mesure, le chanteur
improvisateur Herman Olivera se détachèrent quelque
peu de cet ouvrage à la banalité affligeante. La salsa
ne se limite pas (plus) à trois accords qu’on répète
indéfiniment sur fond de tablas avec un peu de flûte
pour faire joli : prétendre le contraire serait usant, épuisant,
limite soporifique pour le public, et dangereusement réducteur
!
Il y a quarante ans, Eddie Palmieri a révolutionné
les mondes du jazz et de la musique latine puisqu’il a été
le premier à mêler avec succès ces deux courants.
Il faut admettre que sa renommée est plus due au fait qu’il
ait ouvert une porte à de nombreux musiciens audacieux qu’à
sa technique et son interprétation. Eddie Palmieri a engendré
une musique qui aujourd’hui le dépasse et donc le discrédite.
Dommage.
Sites officiels : - Louis Winsberg : www.winsberg.com
- Eddie Palmieri : aucun...
MUSICIENS :
1/ Jaleo :
Louis Winsberg : guitares, guitare synthé, sitar électrique,
mandoline, bouzouki.
Jean-Baptiste Marino : guitare flamenca.
Jose Montealegre : chant flamenco & palmas.
Isabel Pelaez : chant, danse flamenco & palmas.
Miguel Sanchez : percussions flamencas, guitare flamenca & palmas.
Nantha Kumar : percussions indiennes, tablas, voix.
Norbert Lucarain : percussions contemporaines, marimba, vibraphone.
Jean-Christophe Maillard : claviers, guitare, sax & chœurs.
2/ Eddie Palmieri :
Eddie Palmieri : piano.
Conrad Herwing : trombone.
Reynaldo Jorge : trombone.
Eddie Zervignon : flûte.
Joe Santiago : basse.
Johnny Rodriguez : bongo.
Jose Claussell : timbales.
Georges Delgado : congas.
Herman Olivera : chants.