Dirty Three - She Has No Strings Apollo
(Cooking Vinyl / Naïve)
De la musique instrumentale qui ne soit ni du jazz,
ni de l’électro, mais bien du rock indé et progressif,
c’est assez rare pour être remarqué. Un trio original
forme ce groupe australien hors normes : Mick Turner (guitare),
Warren Ellis (violon) et Jim White (batterie). On est ici à
mille lieues d’une pop mielleuse aux accents hip hop ou d’une énième
copie vaguement rebelle d’Offspring ou de Greenday. Car quand on
parle de musique indé, on a vite un arrière-goût
de retour aux années 90. Il ne faut cependant pas oublier
que Placebo est un produit du rock indé.
Accessible, populaire frais, jeune et branché. Tous ces
adjectifs sont autant de qualificatifs qu’on peut immédiatement
écarter quand on pose l’album dans la platine. Peu importe,
un peu de changement ne fait de mal à personne. On laisse
tourner les titres sans trop savoir où on en est, on laisse
emporter dans un monde qu’on connaît mal, on commence à
prendre goût à cet univers parallèle…
Ce genre d’effet, peu de groupes sont capables de le produire.
Si on tient absolument à trouver un point de comparaison,
on peut alors laisser traîner sa mémoire du côté
de Mogwai en pensant aux essences vaporeuses qui émanent
des morceaux. Dirty Three a pourtant un côté plus mélancolique
et moins conceptuel que les gizmos. Plus roots également,
en raison sans doute du violon qui n’hésite pas à
nous rappeler à travers son jeu que rien ne s’obtient sans
souffrances. Les adeptes de Louise Attaque et de Tarmac apprécieront.
Cet album aux allures de road-movie en laissera sur le bord de
la route. Mais peu importe, il en est de même pour tous les
artistes qui ont quelque chose à dire. Mature, c’est évident.
Une confiance en soi obtenue au fil de leurs cinq albums précédents
et de la propre expérience de chaque musicien. Ce sera Nick
Cave pour Warren Ellis. On comprend un peu mieux ces relents mélancoliques
qui hantent chaque titre.
Il ne faut cependant pas chercher à tout prix à
classer un groupe quand celui-ci s’y refuse. Tout ce qu’on peut
dire sur cette nébuleuse peut se résumer en quelques
mots : musique intemporelle sans début ni fin, envolées
lyriques. Mais ce qui caractérise finalement le mieux cette
musique serait un terme utilisé en musique contemporaine
: l’élan statique. On a l’étrange sensation que tout
s’arrête autour de nous, et cela malgré la succession
des notes et la conscience que le temps défile. On ressent
d’ailleurs ce même genre de sensation lorsqu’on écoute
une œuvre de Steve Reich ou de Philip Glass, compositeurs de musique
minimaliste. Le temps est redéfini et les minutes peuvent
paraître des secondes. En fait, si on ne devait penser qu’à
un groupe pour donner une idée de ce qu’est la musique de
Dirty Three, ce serait sans hésitation Sigur Ros. Ce qui
n’est pas rien.
Pour les amateurs de musique qui s’inscrit dans la durée,
jetez-vous sur ce disque. Pour les autres, oubliez le temps d’un
album que vous avez une dizaine de rendez-vous qui attendent, que
vous êtes en retard dans vos révisions ou que vous
n’arriverez jamais à rendre votre travail à temps.
Respirez et laisser vous aller. Vous verrez, ça fait un bien
fou.
Site officiel : http://www.naive.fr