Dignity : L’album au profit de Reporters
sans Frontieres
(Naïve)
L’album Dignity, dont les bénéfices
seront reversés à Reporters sans Frontières,
est en vente depuis le 15 octobre 2002. L’association de défense
pour la liberté de la presse a fait appel à 15 artistes
de tous horizons qui ont accepté de se mobiliser à
ses côtés afin de sensibiliser un plus large public
sur la nécessité de son engagement en faveur de la
liberté d’expression.
Ainsi, LKJ, Positive Black Soul, Indochine, Joao Bosco, Elliott
Murphy et bien d’autres, pour donner naissance à ce disque,
ont offert des titres ou interprétés des morceaux
qu’ils n’avaient jamais (pour la plupart) inclus dans leur répertoire.
Aujourd’hui, il faut savoir que 150 journalistes sont emprisonnés
dans le monde et 26 ont péri cette année dans le cadre
de leur profession, et que la liberté de la presse est malmenée
(c’est un euphémisme) dans plus de 50 pays à travers
le monde.
L’album frappe, évidemment, par son hétérogénéité
puisqu’il tire sa richesse de cette réunion d’artistes aux
univers si différents. D’ailleurs, au-delà de la variété
musicale, ces chanteurs et musiciens ont en commun leur attachement
aux libertés humaines et leur désir à le partager.
C’est pour cela que nous ne parlerons pas de compilation, terme
à la connotation bien trop commerciale, mais d’album, puisqu’il
se dégage une philosophie de vie très forte de celui-ci.
Pour n’oublier personne et dans le but de vous donner un aperçu
d’ensemble le plus juste possible, je vous propose de traiter toutes
les chansons une par une, l’astérisque (*) précisant
les inédites :
1/ Elliott Murphy, l’auteur-compositeur culte new-yorkais,
possède le double honneur d’ouvrir cet album avec «
Dignity » (*) et par-là même de donner ce
titre au disque. Cette fidèle reprise de Bob Dylan est emplie
de respect et la poésie des paroles en est exacerbée.
2/ L’artiste congolais Lokua Kanza décrit quant
à lui l’angoisse du parent sans nouvelles de son enfant dans
sa chanson intitulée « Eteni Na Ngaï »
(*). La trame musicale, fine et discrète, met superbement
en valeur la sensibilité artistique du chanteur ainsi que
la douceur des voix.
3/ « Ophelia » (*), la balade rock de Jean-Louis
Murat, est un bijou. Ce farouche et énigmatique défenseur
des droits humains pose une ambiance en quelques notes puis y tisse
des textes poétiques de sa voix chaude et grave presque parlée.
Un souffle plaintif qui n’est pas sans nous rappeler un certain
Gainsbourg.
4/ Indochine n’en finit pas d’étonner avec une
reprise très personnelle des Talking Heads : « Road
to Nowhere » (*). Le groupe reste fidèle à
lui-même, les amateurs seront ravis.
5/ Le rap est représenté dignement avec le titre
« Gold and Diamonds » de Positive Black Soul
& Princess Erika. En effet, l’habituelle boite à
rythmes est ici délaissée au bénéfice
de guitares, percussions et voix chantées dont les scansions
dénoncent la politique occidentale d’étouffement du
patrimoine africain et appellent à l’union du peuple concerné.
6/ Si la fraîcheur et la véracité de l’engagement
des Fabulous Trobadors n’étaient pas au rendez-vous,
j’aurais sûrement condamné leur mauvais plagiat de
Massilia Sound System.
Mais bon, écoutez tout de même le message de «
Fais de la politique ».
7/ LKJ, fer de lance du reggae "intellectualisé"
(il possède une maîtrise en psycho) nous sert un «
Reggae Fi May Ayim » superbe : ce poème dubb rend
hommage à May Ayim, poète afro-allemand qui s’est
suicidé en 1996.
8/ Une ballade bien balancée, envoûtante, avec une
magnifique correspondance contrastée entre les paroles lourdes
de sens et la légèreté de la musique, c’est
tout ce qui fait la richesse de « L’Autocensure »
(*). Mon morceau préféré, composé et
interprété par CharlElie.
9/ Baaziz se bat depuis des années pour la liberté
d’expression en Algérie ; il est donc tout naturel de retrouver
« Chaoui », mélange de chaabi et de folk-song,
au sein de ce disque.
10/ La voix suave et profonde de Joao Bosco sert une bossa
émotive aux vocalises originales et intéressantes
: « Terra de Cego » (*) en est la preuve parfaite.
11/ La présence de Jean-Louis Aubert («
Les petits riens ») reste un mystère bien que son
attitude ait toujours été résolument dénonciatrice
et tournée vers l’extérieur. Il n’empêche que
l’écouter est agréable.
12/ Entre Afrique et Caraïbes, « Djarabi »
(*), le titre enjoué de Baaba Maal nous entraîne
dans une musique sophistiquée où l’association d’instruments
très différents est étonnante.
13/ La bossa est de retour avec Lenine qui se permet d’y
additionner des rythmes électroniques. « Brejo Da
Cruz » (*), la reprise de Chico Buarque, symbolise parfaitement
ce besoin de retrouver nos racines pour pouvoir évoluer vers
quelque chose de neuf.
14/ Fusion parfaite entre modernité et tradition musicale,
le mixage électro de One Giant Leap met en évidence
les liens profonds qui unissent des cultures supposées différentes.
15/ Enfin, la diva israélienne Chava Albertstein
clôt de sa belle voix plaintive et ferme cet album avec «
Leaves Fall », titre magnifique tiré d’un poème
Yiddish où la lutte d’une feuille sur une branche pendant
l’hiver symbolise l’acte de résistance.
Vous l’aurez compris, il y en a pour tous les goûts !
De tous les genres, de tous les continents, excepté l’Asie
(et on peut le regretter car nombreux sont les pays de cette région
du globe à ne pas respecter les principes élémentaires
de la dignité humaine) ; l’éclectisme est de mise,
on vous avait prévenu !
Cet album se destine donc à tous ceux et celles qui ont
envie de se faire plaisir en soutenant une bonne cause. En effet,
Reporters sans Frontières est la première association
renommée à avoir compris que dans cette société
où même le disque devient un objet de consommation,
il n’est plus possible de simplement solliciter le bon cœur des
gens ; d’où toute une série de produits de haute qualité
à bas prix. A ce sujet, je vous conseille vivement les albums
photos de Yann Arthus-Bertrand, « La Terre vue du ciel »,
et celui d’Edouard Boubat, chacun coûtant moins de 7 euros
! Il en existe bien d’autres disponibles sur le site de Reporters
sans Frontières (http://www.rsf.org)
… alors tous à vos claviers !
En définitive, et pour revenir à « Dignity
», il faut avouer qu’il demeure parfois difficile de changer
radicalement de style d’une chanson à l’autre.
Mais si vous n’êtes pas de ceux dont les oreilles se ferment
trop vite, que vous aimer découvrir, partager et vous affirmer
avec conviction dans un registre musical assez large… Bref, si vous
êtes un véritable mélomane doué de curiosité,
n’hésitez pas une seconde à vous faire du bien.
Il y a au moins 150 personnes qui vous en remercieront…
Site Officiel : www.rsf.org