Dédales : bande originale du film
(Recall/Sony music)
Cette BO, inspirée du film de René Manzor,
a des allures de parfaite compilation pour faire connaissance avec
la nouvelle vague métallique française, entendez néo-métal
(traduction pour les néophytes: du métal teinté
d’électro, de techno et/ou de hip-hop). Enhancer,
Watcha, Pleymo, Sin, Aqme, Gojira, Dagoba… Ils sont presque
tous là. Sur dix-sept groupes, il y a quand même un
intrus: Nostromo, seule formation non hexagonale
du lot, et qui propose aussi le titre le plus violent de cet album.
On remarquera aussi que la tendance au chant en français
s’affirme de plus en plus. Preuve sans doute que cette nouvelle
génération est bien moins complexée que ses
aînés par rapport à la concurrence internationale
(d’ailleurs, on ne le répètera jamais assez, les trois
seuls grands groupes français de hard/heavy nés dans
les années 80 et qui ont réussi à s’imposer
dans la durée -Trust, Vulcain et Killers- avaient
tous des paroles en français. Ecoutez donc les vocaux de
l’excellent et heavy-speed «Habemus Metal» de Killers,
sorti l’an passé, vous m’en direz des nouvelles…).
La BO de «Dédales» évite le principal
écueil inhérent à ce genre d’exercice, c’est-à-dire
l’agrégation de titres sans vraiment de rapport entre eux.
Ici, l’ensemble reste très homogène. Sombre, rageur
mais pas très violent (ah! Les sempiternelles alternances
couplet calme/refrain hurlé…). Score case au passage
une quinte d’interludes instrumentaux qui servent de liant. Enfin,
la qualité moyenne est vraiment bonne.
Enhancer pose d’entre de jeu les règles, avec un
instrumental décapant, très maîtrisé,
au riff aussi simple qu’efficace. En revanche, on se demande un
peu ce que vient faire le titre suivant, signé Score,
sorte de narration philosophique, alternant avec une voix féminine
ingénue et un fond musical qui ne risque pas d’être
déclaré d’intérêt public.
Shakaponk balance ensuite un électro-métal
de très bonne facture (avec de fortes réminiscences
de Mano Negra) et qui fout la banane. Tripod la joue
facile: couplet hip-hop et refrain métal bien à l’arrachée.
Watcha utilise en gros les mêmes ingrédients.
Puis Nostromo (auteur l’an passé d’un album renversant,
«Ecce Lex») donne une petite leçon de ce que
peut être un titre à la fois mélodique et bestial.
Du death-métal intelligent, saccadé. L’un des tout
meilleurs morceaux de cette BO, qui finit sur un passage furieux.
La claque.
Score revient calmer le jeu puis Nihil joue plus
sur la tension que sur la puissance, avec une espèce d’émo-rock.
Rock qui disparaît totalement chez Sin, plutôt
versé dans l’électro-tripatouillage. Alors qu’Aqme
choisit le camp de la pop boostée. Tout comme le très
bon «O.N.E.» de Sleepers, qui confirme que sa
place n’est pas en seconde division.
Enfin arrive Pleymo, le groupe français dont on
attend (attendait?) qu’il aille battre les Ricains sur leur terrain.
Ce «Kubrick», c’est une chanson de maçons. Un
mur solide, hyper carré, avec un gros travail sur la superposition
des couches de voix et guitares. Manque juste un peu de spontanéité
là-dedans.
NFZ ne révolutionne rien: gros riff, chant assez
parlé lorgnant rap-métal. Classique et jumpy. Eths
a explosé l’an passé et j’en attendais plus. Cette
«Autopsie» est bien basique. Gojira apporte une
touche d’indus tout en gardant un tympan ouvert au death. Bon, bel
et brut.
Masnada s’appuie sur un bon vieux rythme techno. Répétitif
mais efficace. Dagoba a un côté death chaotique
et souterrain que j’aime bien. Enfin après une ultime intervention
de Score, qui joue un peu le rôle du cachet de l’aspirine
dans une tempête de crâne, Appel Doorn cadenasse
l’affaire sur un titre qui démarre trip-hop, juste le temps
qu’on commence à se détendre, avant d’envoyer la purée.
Bilan? Personnellement, je retiendrais surtout les interventions
de Shakaponk, Nostromo et Sleepers,
ainsi que de Pleymo et Masnada
pour leur évidente capacité à pétrir
le pain dans la gueule tout en se torchant négligemment la
rythmique. Les amateurs de néo frenchie ne pourront donc
que trouver leur compte dans cette BO. Et pour les autres qui, comme
moi, grenouillent habituellement dans des mares de heavy plus traditionnelles,
voilà une fort appréciable piqûre de rappelle,
histoire de ne pas avoir l’air totalement idiot et dépassé
à l’entame d’une discussion avec un type piercé en
jean baggy. Car, mes bien chers sœurs et frères, au-delà
de nos différences, notre mot d’ordre est le même:
headbanging for everybody!